‹ Mithridate Eupator, roi de PontChapitre 115 sur 417 · CONQUÊTE DE LA GRÈCE · texte numérisé non relu

CONQUÊTE DE LA GRÈCE

jusqu'aux Tliermopyles, toutes les îles jusqu'au cap Malée, étaient arrachées à la domination romaine. La Crète, travaillée par les émissaires pontiques, observait une neutralité bienveillante; clans tout l'Archipel, la seule île de Rhodes tenait encore pour les Romains.

L'attitude des Rhodiens n'était dictée ni par la sympathie ni par la reconnaissance; s'ils n'avaient écouté que la voix du cœur, leur choix n'eût pas été douteux. Rome, oublieuse de leurs services passés, leur avait enlevé , après la guerre de Persée , la Carie et la Lycie; après la ruine de Corinthe, elle avait suscité à leur commerce une concurrence ruineuse dans le port franc de Délos. Au contraire, Mithridate avait comblé la république de ses bienfaits, que rappelait sa statue érigée sur une des places de leur ville (1). Mais les prudents marchands dorions ne croyaient pas au triomphe durable des armes pontiques; et, instruits par une expérience coûteuse, ils savaient que Rome victorieuse ne leur pardonnerait ni leur défection ni même leur neutralité. Sans doute aussi, à Rhodes comme à Délos, la présence d'un grand nombre de réfugiés romains , le préteur Cassius et l'ambassadeur Maltinus à leur tête, entraîna la bourgeoisie hésitante : Rhodes se déclara contre Mithridate. L'île, située comme une épine dans le flanc de l'Asie Mineure, avec sa marine puissante et ses fortifications célèbres, eût été pour- Mithridate une acquisition capitale. Irrité de l'ingratitude de ces marchands, il résolut de les châtier sans délai, malgré l'avancement de la saison. Les vides laissés dans sa flotte par les escadres qu'on avait dû détacher en Grèce furent comblés par des constructions nouvelles ou par des réquisitions chez les alliés d'Ionie. On fabriqua un parc de siège; un corps expéditionnaire s'assembla sur les côtes de Carie. Le roi, dans son impatience , n'attendit même pas l'achèvement de ses préparatifs pour mettre à la voile; il s'embarqua à Éphèse, suivi de sa seule flotte de combat. L'escadre rhodienne, commandée par le navarque (2) Damagoras , cingla bravement à sa rencontre jusque

(1) Cicéron, Ven: Acc. II, 159. La statue fut respectée par les Rhodiens pendant toute la durée du siège.

(2) Le navarque paraît avoir été le président du collège des stratèges et le chef militaire de l'Etat, comme le prytane en était le chef civil ; il avait même le droit de conclure des traités provisoires au nom de la république. Cf. Polybe XXX, ô ; Appien, B. Civ. IV, 66. D'une manière générale, consulter Rœhl, Ath. Mitth. II, 227, et Cecil ToRR, Rhodes in ancient times, p. 61.

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