‹ Mithridate Eupator, roi de PontChapitre 120 sur 417 · LES REVERS · texte numérisé non relu

LES REVERS

La nouvelle des événements d'Orient jeta Rome dans une panique facile à concevoir. A peine sortie d'une crise où elle avait joué son existence, la république se voyait engagée dans une guerre formidable, aux prises avec Tennemi le plus audacieux et le plus fort qu'elle eût rencontré depuis Annibal. En 89, Aquilius était parti pour une mission diplomatique, tout au plus, croyait-on, pour une exécution militaire, comme celle à laquelle avait procédé Sylla en 92. Et voici qu'on apprenait coup sur coup l'ouverture des hostilités avant toute déclaration de guerre, les défaites écrasantes du printemps 88, la défection en masse des Grecs d'Asie et d'Europe, enfin l'horrible boucherie qui plongeait dans le deuil cent mille familles romaines.

Il fallait agir et agir sur-le-champ : dès la première nouvelle de l'irruption de Mithridate en Asie, le sénat décréta la guerre contre lui; mais comment agir, avec quelles armées, à l'aide de quelles ressources? Les deux années de la guerre sociale avaient fauché la fleur de la jeunesse italienne, — 300,000 hommes, assure-t-on (2) ; — l'admission des Italiens au droit de cité nécessitait une refonte complète de l'organisation militaire; d'autre part, on n'osait pas dégarnir complètement de troupes la péninsule frémissante et dont le sud était encore soulevé. Par-dessus tout, l'argent manquait : les réserves du trésor étaient épuisées, on n'avait même plus de quoi nourrir et solder les troupes, et l'on venait de perdre la province dont les revenus soutenaient les finances de l'État ! Pour faire face aux premiers besoins , on dut recourir à des mesures exceptionnelles, devant lesquelles la

(1) Sources principales : Appien , il/ii'A. 29-50; Plutarque, Sylla, c. 11-21. Appien insiste surtout sur le siège d'Athènes et du Pirée, entrant même dans des détails un peu minutieux. Plutarque, en sa qualité de Chéronéen, est très complet sur la bataille de Chéronée ; il suit, en général, les Mémoires de Sylla. Memnon, c. 32, est très abrégé et mal informé, mais il fournit quelques renseignements précieux.

(2) Velléius Paterculus II, 15.

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