PRÉPARATIFS DES ROMAINS
piété des ancêtres avait reculé, même pendant les angoisses de la guerre punique : on vendit les terrains consacrés au culte qui avoisinaient le Capitole. L'État retira de cette vente 9,000 livres d'or, un peu plus de 10 millions. C'est avec ces moyens infimes que Rome entreprit la reconquête de la Grèce et de l'Asie Mineure (1).
La mise en route des armées romaines fut encore différée de plusieurs mois par de misérables querelles de partis. Pendant toute la fin de l'année 88, alors que chaque semaine de retard coûtait une île ou une forteresse dans l'Archipel, on se battit à Rome pour le choix d'un général en chef. Le consul en charge, L. Cornélius Sylla, semblait désigné par ses brillants états de service , par ses succès récents dans la guerre sociale qui avaient achevé de le mettre hors de pair; enfin, le sort ou l'acquiescement de son collègue lui avait attribué la province d'Asie, et, par conséquent, le commandement contre Mithridate. Mais il fallait compter avec le vétéran Marins qui guettait, depuis douze ans, ce commandement lucratif et glorieux. Vainement la guerre sociale avait trahi sa décrépitude; presque septuagénaire, il cherchait à se tromper lui-même et à faire illusion au public en se mêlant, comme un jeune homme, aux exercices du champ de Mars. Le vieux soldat fit plus : lui, qui n'avait jamais rien compris à la politique, se jeta à corps perdu dans les bras du parti démocratique et des nouveaux citoyens italiens. Le tribun Sulpicius mit sa magnifique éloquence au service de cettç ambition sénile : il emporta le vote de plusieurs plébiscites révolutionnaires, dont l'un conférait à Marins, au lieu de Sylla, la conduite de la guerre d'Asie. Chassé de Rome, échappé à grand'peine aux spadassins, Sylla se réfugia au camp devant Noie. Il n'était pas homme à se laisser arracher sans combat le fruit de tant de victoires, la mission de salut qui devait faire du général assez heureux pour l'accomplir le chef de l'État. Quand les envoyés de Marins se présentèrent pour prendre possession des faisceaux, ils furent lapidés parles soldats de Sylla, passionnément attachés à leur général et qui craignaient que Marins ne destinât à d'autres troupes le riche butin de l'Asie. Puis le consul, se-
(1) Appien, Mith. 22 ; Orose Y, 18, 27. Orose place cette vente pendant la guerre sociale, Appieu au début de la campagne de 87.