SYLLA GENERAL EN CHEF
crètement appelé par les vœux de Taristocratie, marcha sur Rome, occupa militairement la ville, fit casser par le sénat les lois sulpiciennes et proscrivit leurs auteurs. Sulpicius tué, Marius en fuite, Sylla resta maître de la situation. 11 lui fallut cependant présider encore aux élections consulaires, qui ne répondirent qu'imparfaitement à son attente. Déjà une nouvelle réaction démocratique se dessinait, déjà le consul sortant allait être traîné devant les tribunaux, lorsqu'il se décida à partir sans regarder derrière lui : il quitta Rome, prit le commandement de ses légions à Capoue, et s'embarqua dans les ports de l'Adriatique, vers le commencement de l'année 87 av. J.-C. (I).
L'homme sur qui reposait l'avenir de la domination romaine en Orient était alors âgé de cinquante ans. Il avait parcouru assez lentement la filière des honneurs, marquant chacune de ses étapes par des succès de plus en plus éclatants : questeur, il avait négocié la capture de Jugurtha; propréteur, vaincu les Arméniens et humilié les Parthes. Pendant la guerre sociale, il avait éclipsé Marins et conquis le consulat à la pointe de son épée. Au physique, un homme du Nord : les cheveux d'un blond doré, les yeux bleus et perçants, le teint blanc, mais parsemé de taches rouges qui lui donnaient, suivant l'expression des plaisants d'Athènes, l'aspect d'une « mûre saupoudrée de farine » ; la colère l'allumait, terrible. Au moral, c'est d'abord un viveur, lettré, ami des arts, mais plus dilettante que délicat. Il se complaît dans la société des comédiens et des filles, dans les longues orgies, dans la grosse bouffonnerie. Parfois clément avec dédain, plus souvent cruel avec délices, toujours avide de plaisir et de gloire, il n'a au fond ni grandes idées ni passions profondes : aristocrate de naissance, patriote dans la limite de ses intérêts. C'est surtout une intelligence lucide, pratique, une volonté de fer, un talent militaire de premier ordre : il a le génie de l'organisateur, le coup d'œil du stratégiste, une opiniâtreté invincible, un mélange de bravoure et de ruse qui l'a fait surnommer le « lion renard ».
Si Marins a créé l'armée nouvelle, personne ne l'a comprise comme Sylla. Sa recette est simple, mais il faut être un Sylla
(1) Sur tous ces événements, que je ne fais que résumer, TOÎr Appien, B. cio. I, 55-62 ; Plutarque, Sylla, 7-10 ; Marins, 30-40 ; Orose V, 18-19, et les abréviateurs.