‹ Mithridate Eupator, roi de PontChapitre 123 sur 417 · PORTRAIT DE SYLLA · texte numérisé non relu

PORTRAIT DE SYLLA

pour l'appliquer : tout exiger du soldat avant la bataille , tout lui permettre après (1). Ce grand seigneur, si odieux à la foule, fut l'idole de la troupe : nul n'obtint plus de ses soldats , nul ne fit de plus grandes choses avec des moyens plus limités, mais nul aussi ne contribua davantage à la transformation morale de Tarmée romaine. Entre ses mains le soldat citoyen acheva de disparaître, fit place à un prétorien brave et discipliné, mais avide de pillage et de bonne chère, faisant la guerre comme un métier, sans autre foi que l'amour du chef qui savait le conduire à la victoire. Sylla lui-même n'a pas d'autre divinité que son étoile, son « Aphrodite ». Cela ne l'empêche pas de se dire le protégé des dieux officiels, déjouer des devins, des amulettes, des présages : au fort de la bataille, il porte sur lui une petite image d'Apollon dérobée à Delphes (2). Mais, au fond, ce grand joueur est, comme tous les joueurs, un fataliste; après ses plus éclatants triomphes, au risque de diminuer sa gloire devant la postérité, c'est au surnom (ï Heureux qu'il attache le plus de prix. C'est qu'il connaissait assez intimement les hommes pour savoir que la fortune trouve moins d'incrédules que le génie, parce qu'elle fait moins souffrir l'envie. Rien n'est contagieux, d'ailleurs, comme une foi profonde en soi-même, sincère ou simulée : pour peu que le hasard favorise les premières entreprises d'un « homme providentiel » , son triomphe final est presque assuré , car la confiance, née de ses premiers succès, lui amène des milliers de recrues qui deviennent les instruments de ses succès futurs, et la foule, peuple ou armée, s'imagine de bonne foi saluer l'arrêt du destin quand c'est elle-même qui l'a dicté (3).

Au moment où Sylla débarquait en Épire avec cinq légions complètes , — environ 30,000 hommes , — quelques cohortes surnuméraires et un petit nombre d'escadrons de cavalerie indépendante (4), les progrès de Mithridate en Grèce s'étaient déjà

(1) Salluste, Catilma, c. 11.

(2) Valère Maxime I, 2, 3 ; Frontin I, 11, 11.

(3) Pour le portrait physique et moral de S^^lla il faut surtout consulter Salluste, Jîigurthay c. 95, et Plutarque, Si/Ua , c. 2, 6, 36.

(4) Appien, Mith. 30. (La légion, ne comprenant plus d'alliés italiens, doit être désormais comptée à 6,000 hommes). On peut s'étonner que Sylla, qui avait 6 légions devant Noie (Plutarque, Sylla, c. 9), n'en ait amené que 5. Probablement la 6® n'avait pas complété sa mobilisation ou était encore nécessaire en Italie; on voit par Appien, B. civ. I, 79, que Sylla n'eut jusqu'au bout que cinq légions en Grèce.

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