‹ Mithridate Eupator, roi de PontChapitre 128 sur 417 · QUARTIERS D'HIVER · texte numérisé non relu

QUARTIERS D'HIVER

<ler les progrès de la levée de terre de Sylla : il exécutait de brusques sorties, de jour et de nuit, chargeant de front les travailleurs avec son infanterie, pendant que les cavaliers harcelaient les troupes de soutien et que des escouades, armées de torches, mettaient le feu aux tortues. Sylla réparait le dommage avec une promptitude étonnante et dt^ouait souvent les plans des assiégés, grâce aux intelligences qu'il avait dans la place : deux esclaves grecs lui lançaient du haut des remparts des avis gravés sur des balles de fronde. Lorsque Archélaos eut été rejoint par un corps de renfort, amené par Dromichétès, il tenta une sortie générale : ce fut une véritable bataille rangée, livrée à portée des murs, dont les gardes mêmes prirent part à la lutte. Les assiégés, d'abord refoulés , revinrent plus vivement à la charge et enfoncèrent les légions; déjà la panique commençait, quand les efforts du légat Muréna et l'arrivée inopinée d'une légion qui revenait de la corvée du bois (1) relevèrent le courage des Romains et décidèrent la journée en leur faveur : les Royaux laissèrent 2,000 morts sur le terrain, et Archélaos, qui s'était attardé après la fermeture des portes, dut se faire hisser sur le rempart à l'aide d'une corde.

L'été se passa au milieu de ces luttes; le parapet de siège des Romains était à peu près achevé, mais les pluies survinrent (novembre) avant qu'ils pussent tenter l'assaut. Sylla , ménager de la santé de ses troupes, les ramena dans le camp fortifié qu'il avait établi près d'Éleusis, en se couvrant contre les incursions de la cavalerie asiatique par un fossé tiré des collines jusqu'à la mer. Pendant l'hiver, on escarmoucha sans cesse autour du fossé et des travaux des assiégeants. Le problème du ravitaillement préoccupait de plus en plus les deux adversaires. Les défenseurs du Pirée, maîtres de la mer, s'approvisionnaient sans peine, mais Athènes était désormais coupée du Pirée, et les efforts réitérés d'Archélaos pour jeter des convois de blé dans la ville haute furent rarement couronnés de succès : les mômes traîtres, qui dénonçaient à Sylla les sorties projetées par Archélaos, l'avisaient du départ de ces convois, et la plupart tombaient dans les embuscades romaines. Une diversion de Néopto-

(1) Cette légion comprenait, d'après Appien, les àn[xoi (soldats dégradés), où l'on a reconnu, peut-être à tort, les meurtriers d'Albinus (Liv., ep. 75; Orose V, 18; Plutarque, .sy/«, 6).

Page 1