‹ Mithridate Eupator, roi de PontChapitre 13 sur 417 · PAPHLAGONIENS, CAPPADOCIENS · texte numérisé non relu

PAPHLAGONIENS, CAPPADOCIENS

pendant d'indiquer brièvement les résultats les plus vraisemblables qui se dégagent de nos maigres documents.

Des Paphlagoniens, race robuste et grossière de cavaliers hardis et de patres amoureux de l'indépendance, nous ne savons rien, pas même leur nom national (1). Les noms propres, assez nombreux, qui nous sont parvenus, ont un caractère à part (2). En tout cas l'immigration des Paphlagoniens en Asie précéda celle des Bithyniens, car déjà le Catalogue des vaisseaux, qwi ignore les Thraces d'Asie, connaît les Paphlagoniens sur les rives fleuries du Parthénios (3).

Les Cappadociens , au contraire, qui ont reçu leur nom des Perses (4), sont une race mixte, d'origine relativement récente. Dans sa composition sont entrés les éléments les plus divers : Énètes et Paphlagoniens le long de la cote et sur toute la rive droite du Halys inférieur (5), Maliènes dans le grand bastion naturel que dessine la courbe moyenne du fleuve (6); plus haut, au pied du mont Argée, des colonies ciliciennes (7), puis, au sud, deux grandes tribus jadis autonomes : Bagadaons dans la plaine (8) , Cataons ou Cataoniens dans les vallées de l'Anti-Taurus (9); enfin, au sud-est, entre la montagne et l'Euphrate, l'ancien peuple de Milid (Mélitène). A cette liste, il faut encore ajouter sans doute quelques fractions des plus anciens occupants de

(1) ITa^XaYÔvsç paraît bien une onomatopée (de TraçXàlla) , bouillonner, bredouiller) dans le genre de êàpêapoi, AéXeye;. Le seul mot connu de la langue est yaTYPO'» chèvre (Nicostrate et Alexandre Polyhistor, chez Etienne de Byzance s. v.).

(2) Noms propres paphlagoniens (Strabon XII, iî, 2.5) : Baya;, Biâda;, Alviair^ç, 'Atwxviç (cod. 'PaxtoiYjç) , Zapôtox/]; , Tîêio; , TaTu;, ^ 0)i^a.rsyj- , Marj; (cod. Màvr/;). A cette liste il faut ajouter les noms de rois : Corylas, Otys ou Cotys, Thuys ou Thus, Py lé mène, Morzios.

(3) Iliade II, 8ôl, suiv. Les Paphlagoniens paraissent avoir remplacé les tribus plus anciennes des Cancons (Strabon XII, 3, 5) et des Maviandynes : ces derniers possédaient autrefois Stéphané (Hécatée fr. 201).

(4) Hérodote VII, 72 : oi ôà iûpoi ouxot Otto Ilepaétov KaTiTiaoôxai xaXeOvTat. Cf. Polybe, fr. inc. 10 Didot.

(ô) Les Enètes n'étaient nommés que dans l'Iliade II, 801, qui fait venir 'Evstwv le chef des Paphlagoniens, Pylémène. Les uns y voyaient une bourgade voisine d'Aegialos (près d'Amastris), d'autres une tribu paphlagonienne qui après la guerre de Troie aurait émigré sur TAdriatique (!). Mais Hécatée de Milet (fr. 200 Miill.) et d'après lui plusieurs Alexandrins voyaient dans Énéta l'ancien nom d'Amisos. Cf. Strabon V, 1, 4; XII, 3, 8 et 25. Paphlagoniens sur la rive droite du Halys : snprà, page 13, note 3.

(6) Hérodote I, 72. Cf. VII, 72.

(7) La préfecture de Mazaca conserva le nom de Cilicie : Strabon XII, 1, 4; 2, 7.

(8) strabon II, 1, 15 ; XII, 3, 10. Etienne de Byzance s. v.

(9) Strabon XII, 1, 2.

ÉLÉMENTS CIMMÉRlEiNS ET SÉMITIQUES.

risthme cappadocien (Mosqiies et Tibarènes) (1), et surtout de nombreux débris des bandes cimmériennes qui, chassées de FAnatolie antérieure par les Lydiens, trouvèrent un refuge au delà du Halys : dans la Iradition juive et arménienne la Cappadoce tout entière est même désignée sous le nom de Cimmérie {Garnir, Gomer) (2).

Les Cimmériens, barbares descendus de la Crimée, probablement de souche aryenne, sont-ils, comme on Ta parfois prétendu, l'élément dominant dans cet étrange amalgame qui constitua la nationalité cappadocienne ? est-ce bien eux qui ont donné le ton à Tensemble, je veux dire la langue, les mœurs et les croyances? Je ne le pense pas. Ce rôle de centre de cristallisation paraît appartenir à un élément tout différent, au peuple que les plus anciens auteurs grecs appelaient Syriens, c'est-à-dire Assyriens, ou, pour les distinguer des Assyriens bronzés du midi, Leucosyriens, « Ass3Tiens blancs (3) ». Leur domaine propre était la Cappadoce pontique (bassin de l'Iris) et la presqu'île de Sinope, le « promontoire assyrien (4) ». D'après une tradition recueillie par Diodore, et que rien n'autorise à rejeter à priori, ces Assyriens blancs étaient en effet de véritables Assyriens, transplantés en masse par des conquérants scythes (5) : il s'agit peut-être de ces

(1) Gelzer (art. cit.) va jusqu'à faire des Tibarènes la souche principale des Cappadociens : mais comment expliquer alors l'existence isolée de deux débris authentiques de ce vieux peuple? D'ailleurs les Tibarènes sont incirconcis (Ezéchiel c. 32, v. 26) à la différence des Leucosyriens (Hérodote II, 104).

(2) Cimmériens à Sinope : Hérodote IV, 12 j Ps. Scymnus , v. 041 (avec des Thraces : Hécatée fr. 352 ; Etym. Magnum s. v.) ; à Héraclée : Arrien fr. 47 ; en Cilicie : Strabon I, 3, 21. Leur roi Teuspâ est vaincu (en Cappadoce) par Asarhaddon : I Rawlinson, 45, 2, (5. Gomer = Kapoudakai : Targoum d'Ézéchiel c. 27. Pour les textes arméniens cf. P. de La- CtARDE, Mittheilungen , p. 211; KiEPERT, dans les Ahhandlungen de l'Académie de Berlin, 1859, p. 203. Pour les traces de la religion cimmérienne (taurienne) dans les cultes des sanctuaires cappadociens, hifrà, IV, 1. L'opinion de M. Halévy (Renie des études Juives, 1888), que les Cimmériens auraient été établis en Cappadoce depuis un temps immémorial, est réfutée par les textes mêmes qu'elle invoque.

(3) Les plus anciens auteurs, en particulier Hérodote, se servent des noms Supioi, lOpoi; cependant Hécatée, fr. 194 , avait peut-être déjà Asuxôaupoi. Sur ce nom, cf. Strabon XVI, 1, 2 et pour la statistique Noeldeke, 'ATOupioç, Supio;, Xupo;, dans V Hernies, V, 187 J, p. 443. Mais la conclusion de l'article, — le nom, comme celui de la Syrie elle-même, viendrait de ce que les Grecs trouvèrent les Cappadociens sous la domination assyrienne, — n'est pas admissible.

(4) Périple anonyme c. 20; Marcien c. 1». Arrien appelle ce promontoire Lepté (Perip. 21).

(5) Diodore II, 43, (>. — Arrien fr. 48. Miill. se contente de faire de Cappadox le fils de Ninyas.

CAPPADOCIENS ET CATAONS.

Scythes, qui, au dire des auteurs grecs, inondèrent, sous leur roi Madyès, l'Asie Mineure vers la fm du vu^ siècle et y dominèrent pendant vingt-huit ans (1). A Tappui de cette origine sémitique, que la disparition de la langue cappadocienne empêche de vérifier directement (2), on peut alléguer la physionomie des rares noms propres cappadociens qui nous sont parvenus (3) et les traces assez nombreuses de sémitisme dans la religion cappadocienne (4). Au reste, à l'époque de Mithridate Ctistès, la fusion des divers éléments de cette nationalité composite n'était pas encore achevée : les Cataons notamment, race probablement aryenne (5), conservaient encore leur individualité distincte et étaient comptés par les géographes comme un peuple particulier (6).

Quant aux tribus du Paryadrès, ce ne sont pas, comme il semble au premier abord, des montagnards autochtones, voués par la nature de leur territoire à une éternelle sauvagerie. La plupart, au contraire, représentent les débris d'anciennes races, jadis puissantes et établies dans la plaine, que le Ilot des invasions successives a refoulées peu à peu vers l'Acropole du Pont. Là, dans les petites

(1) Hérodote I, 103-106. Cf. Strabon I, 21.

(2) Un seul mot cappadocien a subsisté : vta^tç (cod. vris^îç, mais cf. l'ordre alphabétique) èv Ka'TiTuaôoxta yev6\i.evoç, |xïjç , ov o-vcioupôv tivs; Xéyoucrtv (Hésycbius). Sur la langue cappadocienne : P. de Lagarde, Gesammdte Ahliandlungen , p. 2Gô suiv., qui attache trop d'importance aux suffixes de noms de lieux en aajoç, '.a<J0^, yivyj et au calendrier iranien, emprunt tardif. Il conclut (comme Kiepert et E. Meybr) à une origine indo-européenne. Tablettes cunéiformes en cappadocien (?):Pinches, Proceedinffs of tliesocietij of biblical arrliaeology, 1881, p. Il et 28.

(3) Les noms propres cappadociens actuellement connus (abstraction faite des noms empruntés, phrygiens, grecs, arméniens et surtout perses, qui sont en majorité dans l'aristocratie cappadocienne, et du douteux 'Aptéatoçde Xénophon, Cyrop. II, 1, 5) sont 1^ 'A^pvrjtç, nom de femme, iv^ siècle (Strabon XIV, 2, 17); 2^-5° Zabdès, Phosbias, Maiphatos, Pomrous dans les deux inscriptions récemment publiées par Hirschfeld , Sltzang.'ihevldite de TAcadémie de Berlin, 1888, p. 892 : n» 72 (Ebimi près d'Amasia ) Ail Iiparico 'Ap/^t'a; no[j.poùvToç y'; n° 73 (C. I. Gr. 4184, Comana pontique) ©socptXr] ZâêSriTOç <I>0(jgtavTO,-, yuvr] oï <I>i),o)(âpou Maicpàioy Xatpe. Zabdès rappelle Zabdas, général de Zénobie, et le nom Zabdos, qui s'est rencontré en Trachonitide (C. I. G. 4583).

(4) Cf. infrà, IV, 1.

(5) A cause du seul nom propre connu, Aspis (Nepos, Datam. 4. Zend : oçpa, cheval?) et du culte d'Apollon (Strabon XII, 2, 6).

(G) Les Cataons forment un corps distinct des Cappadociens dans les dernières armées perses : Quinte-Curce IV, 12, 11-12. Plus tard, assimilation complète : Strabon XII, 1, 2. C'est à tort que Meyer, Geschichte Pontos, p. 14-15, conteste toute différence ethnique entre les Cataons et les Cappadociens.

TRIBUS DU PARYADRKS.

vallées bien délimitées que séparent, comme autant de cloisons, les rameaux de la cliaîne côtière, ces tribus, ne communiquant guère entre elles ni avec le dehors, se sont enfoncées de plus en plus dans la barbarie et ont conservé, pendant des siècles, avec leurs noms orginaires, leurs caractères distinctifs. La montagne est un musée de nationalités fossiles ; ses tribus alignées racontent à Thistorien les révolutions ethnographiques de la plaine , comme les strates de ses roches en racontent au savant les cataclysmes géologiques. C'est ainsi qu'on a pu reconnaître dans les faibles peuplades des Mosques et des Tibarènes, aux deux extrémités de la chaîne pontique, les restes de deux grandes nations sœurs (1) qui jadis, sous les noms de Mouski et de Tabali {Mescheq et Tubal de la Bible), avaient occupé une grande partie de l'isthme anatolien, jusqu'à la Cilicie (2) : comme pour mieux attester leur ancienne expansion, une fraction des Tabali, les Tibaranes, resta blottie dans le Taurus cilicien où Cicéron la rencontra au f siècle avant notre ère (3). De même , les Colques de Trébizonde (4) rappellent l'époque lointaine où l'antique nation civilisée qui a donné son nom au bassin du Phase couvrait tout l'angle oriental de l'Euxin. Enfm Strabon savait encore qu'en pleine période historique les Arméniens avaient chassé les Mossynèces et les Chalybes des provinces du haut Euphrate, Derxène et Carénitide (5). Xénophon rencontra des Chaldéens, c'est-à-dire des Chalybes (6), dans toute cette région; et le nom à' Ai^mênochalybes, qui désigna plus tard la population du nord-ouest de l'Arménie (7), trahit le mélange de nationalités qui dut s'y accomplir.

(1) Les deux peuples sont ordinairement associés dans la Bible (Ezéchiel, 27, 32, 38; Isaïe II, G() ; Genèse X, 2 ; le nom de Mescheq dans Ps. 120 est sus^ject) et d'après Hérodote VII, 78, ils avaient, en effet, même armement.

(2) ^Tibarènes — Tubal, Mosques = Mescheq, identité reconnue d'abord par Bochaiît, rhaleg, III, 12. Josèphe^ Ant. jud. I, (!, 1, Tavait déjà pressentie pour les Mosques, mais il rapprochait à tort leur nom de celui de Mazaca.

(3) Cicéron, Ad fam. XV, 4.

(4) Xénophon, Anab. IV, 8, i) • 18, 20; V, 7, 2. Arrien (Perip. 15) ne les connaît peutêtre qu'à travers Xénophon.

(.3) Strabon XI, 14, 5.

(()) L'identité des deux noms est reconnue par Strabon. Les anciens auteurs emploient de préférence XàXuêe;, mais XaAÔaioi (arm. Khalti) se trouve déjà chez Sophocle (ap. Etienne de Byzance s. v.). Origine scythique des Chalybes : Eschyle. Promêthée, 714; les Sept, 727. Faut-il reconnaître dans les Scythines de Xénophon Çbiab, IV, 7, 18 ; 8, 1) un autre reste des invasions scythiques?

(7) Pline VJ, 10.

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