SYLLA PROSCRIT
Taxi le ramena l'aboftlance et livra la Macédoine au vainqueur (1) ; il prit comme otages et expédia en Asie les femmes et les enfants des principaux citoyens de la province (2). Mais la saison était maintenant si avancée, l'armée si éprouvée, qu'il fallut absolument lui accorder quelques mois de repos. Ariarathe prit ses quartiers d'hiver en Macédoine, organisa l'administration du pays conquis et fit mine de vouloir s'y tailler une souveraineté indépendante (fin 87) (3).
Malgré le retard fatal d'Ariarathe, la situation de Sylla, au commencement de l'année 86, était difficile, presque critique. Six mois de combats incessants avaient décimé son armée; il n'avait point de flotte, peu de vivres, nul renfort à espérer : le légat propréteur L. Hortensius, qui venait enfin de passer l'Adriatique avec un corps de 6,000 hommes, fut obligé de se diriger vers la Thessalie pour rallier les débris des milices macédoniennes et barrer, si possible, le chemin à l'armée pontique du nord (4). En outre, la révolution démocratique, qui couvait déjà dans Rome au moment du départ de Sylla, avait fini par éclater : Marins, rappelé de l'exil par le consul Cinna, entra en vainqueur dans la ville et souilla par de sanglantes proscriptioiis les premiers jours de son septième consulat. Grisé de carnage et d'orgie, il fut enlevé par la fièvre le 13 janvier 86, hanté encore, dans le délire de l'agonie, par la vision des victoires rêvées en Orient. Sa mort mit fm au régime de terreur, mais les démocrates restèrent les maîtres de l'Italie et prirent bientôt des mesures de rigueur contre Sylla, en qui désormais l'oligarchie mettait tout son espoir. Il fut déclaré déchu de son commandement, proclamé ennemi public; on rasa sa maison de ville, on dévasta ses maisons de campagne; sa femme, Métella, dut prendre la fuite avec ses
(1) Memnon, c. 32.
(2) Licinianus, p. 32 et 34.
(3) Sur le tétradrachme c( pontique » d'Ariarathe frappé à Amphipolis (sans date), voir mes Trois royaumes de l'Asie Mineure j p. 54.
(4) Memnon, c. 32, parle des G,000 hommes qu'Hortensius amenait d'Italie, et Appien, Mith. 41, nomme des Macédoniens dans l'armée de Sylla. à Chéronée. Plutarque {Sylla, 15) appelle Hortensius (TTpaxyiyixôç àvrip xal cpiXoveixo;. Je crains bien que ces deux derniers mots ne soient une glose et que Plutarque n'ait simplement voulu traduire par (jTpaTYiyixo; àvYjp les mots vir praetorius. Notre Hortensius, dont le prénom Lucius est attesté par Memnon, est sans doute identique à L. Hortensius, père du célèbre orateur, qui fut préteur en Sicile (Cicéron, Verr. Acc. III, IG, 42). Peut-être avait-il été désigné pour recueillir la succession de Sentius Saturninus en Macédoine.
MlTimiD.VTE. 11