FAMINE DANS ATHÈNES
multiplie, ramène dix fois ses troupes à la charge; l'assaillant, cruellement maltraité, fait enfin sonner la retraite. Le lendemain, quand les Romains voulurent recommencer Tassant, ils s'aperçurent avec stupeur que les Asiatiques, pendant la nuit, avaient réparé la brèche, et derrière ce mur improvisé, encore tout humide, se dressait une seconde ligne de défense, en forme de demi-lune. Les Romains s'engagent dans ce couloir étroit, mais les traits pleuvent de toutes parts, et, après des pertes énormes, il faut reculer de nouveau. Pour le coup, Sylla renonce à prendre le Pirée de vive force : le siège est transformé en blocus.
La défense triomphait, mais au moment même où un succès définitif semblait récompenser la persévérance héroïque d'Archélaos, l'impéritie d'Aristion vint en anéantir tous les fruits. Jusqu'alors les Athéniens avaient vaillamment supporté les souffrances et les privations du siège, ou plutôt du blocus étroit auquel Sylla les avait soumis. Le bourgeois d'Athènes, ce délicat, ce raffiné que deux siècles de paix semblaient avoir rendu impropre aux durs travaux de la guerre, subitement travesti en garde national, surprit le monde par sa bonne contenance et sa bonne humeur. Maigre pitance au logis, rudes factions au rempart, on se consolait de tout par des rires et des chansons. Du haut des murs pleuvaient dru les lazzis mordants sur Sylla, « la mûre enfarinée », et sa femme chérie, Métella (1). On faisait des gorges chaudes sur les propos impies du tyran; on se racontait à l'oreille les trésors inutiles qu'il accumulait dans les citernes de l'Acropole, les festins qu'il célébrait avec ses acolytes pendant que le pauvre peuple mourait de faim. A la longue pourtant, tout l'esprit du monde ne pouvait pas tenir lieu de pain , et vers la fin de l'hiver la situation devint intolérable. Depuis longtemps les convois d'Archélaos ne parvenaient plus à franchir les lignes d'investissement, jalonnées de loin en loin par une chaîne de redoutes; maintenant les Romains, pour empêcher les assiégés de s'échapper même un à un, relièrent ces redoutes par un fossé continu. Toutes les bêtes de somme avaient été consommées; le blé atteignait le prix fabuleux de 1,000 drachmes par médimne (2,000 francs l'hectolitre), la lampe sacrée de Pallas s'éteignit faute d'huile (2) ! Après la disette, la maladie. Les habitants, exténués par les privations et les veilles,
(1) Cf. outre Plutarque, loc. cit., Sénèque, fr. 63.
(2) Plutarque, Nama, 9.