‹ Mithridate Eupator, roi de PontChapitre 133 sur 417 · NÉGOCIATIONS AVEC ARISTION · texte numérisé non relu

NÉGOCIATIONS AVEC ARISTION

ressemblaient à des ombres pâles et errantes. Ceux-ci faisaient bouillir le cuir des outres, les semelles des vieux souliers; ceuxlà rongeaient les herbes sauvages, le j^arthénion (1), qui croissaient sur les rochers de l'Acropole; on en vit se jeter sur la chair des cadavres... Bientôt on commença à parler de capitulation, tout bas d'abord, puis ouvertement. Une députation de prêtres et de sénateurs vint implorer la pitié du t3Tan, mais il les fit chasser par ses gardes cappadociens. Un peu plus tard pourtant il se décida à envoyer des négociateurs auprès du général romain ; c'étaient des orateurs fleuris, qui, pour entrée en matière, invoquèrent les grands souvenirs du passé d'Athènes : Thésée, Eumolpe, les guerres médiques. Sylla leur coupa la parole brutalement : « Je ne suis pas venu pour prendre des leçons d'éloquence, mais pour châtier des rebelles. » Aristion ne voulut pas entendre parler de reddition à merci ; mais s'il n'osa pas livrer la ville, il ne sut pas la garder.

Un jour, des espions de Sylla, rôdant au Céramique , entendirent des vieillards, réunis dans une boutique de barbier (2), critiquer l'imprévoyance du tyran qui ne faisait pas garder suffisamment le secteur de l'enceinte avoisinant le sanctuaire dit Heptachalcon (3), à l'ouest de la ville. De ce côté, le mur d'enceinte courait sur la crête d'une croupe d'accès facile, qui prolonge au nord la « colline des Nymphes ». Sylla, informé du fait, alla lui-même en vérifier l'exactitude; la nuit venue, il amena des troupes et fit appliquer les échelles. Le soldat Marcus Téius sauta le premier sur le rempart; une sentinelle courut à lui, mais le Romain brisa son épée sur le casque du Grec et, quoique désarmé, tint bon jusqu'à ce qu'il fût rejoint par ses camarades. Bientôt le secteur fut entre les mains de Sylla ; il fit immédiatement abattre le mur sur un parcours d'environ 500 mètres compris entre la porte du Pirée, au sud, et la porte Sacrée, au nord (4). C'est par

(1) C'est le Chri/santhemum coronarlum (The Academij , 11 décembre 1886).

(2) Plutarque, De garrulitate , c. 7.

(3) Ce sanctuaire est probablement identique à l'hérôon de Chalcodon mentionné ailleurs (Plutarque, Thésée, c. 27).

(4) La porte du Pirée était située au N.-N.-O. de la colline des Nymphes (Haussoulliei:, Athènes, p. 78) ; la porte Sacrée {r\ tspà uuXy]), qui semble dater de Thémistocle, se trouvait un peu au S.-E. du Dipylon, à l'extrémité de la voie Sacrée. On l'a déblayée de 1876 à 1878. Cf. B. ScHMiDT, Die Thorfmge in der Topographie Athens , Freiburg, 1879; HiRSCHFELD, dans Arch. Zeitung, VI, 114 ; VoN Altex, Ath. Jlitth., III, 28-48 ; et le plan dressé d'après Alten par Haussotjllier, op. cit., p. 85.

Page 1