‹ Mithridate Eupator, roi de PontChapitre 134 sur 417 · PRISE D'ATHÈNES · texte numérisé non relu

PRISE D'ATHÈNES

cette large brèche que, le V mars 8G (l), à minuit, larmée romaine fit son entrée dans Athènes , au bruit strident des cors et des trompettes que dominait la clameur d'une soldatesque furieuse. Un héraut devançait l'armée, proclamant l'ordre féroce de ne faire aucun quartier. Nulle résistance ne fut opposée : les malheureux Athéniens, épuisés, démoralisés, s'entre-tuaient ou tendaient la gorge aux bourreaux. Les Romains se frayèrent un chemin l'épée à la main à travers les ruelles étroites de la vieille ville, tuant tout, hommes, femmes, enfants. Un fleuve de sang roula par le Boulevard (le Dromos) de l'Agora au Dipyle, remplissant le Céramique et débordant dans le faubourg. Après la boucherie, le pillage; peu s'en fallut que l'incendie ne complétât l'œuvre de destruction et ne fît d'Athènes , comme de Carthage et de Corinthe , un monceau de ruines : par bonheur les bannis athéniens, Midias et Calliphon, accompagnés de quelques sénateurs philhellènes (2), se jetèrent aux genoux de l'homme de fer et de sang et réussirent à le fléchir. Il déclara en maugréant qu'il accordait « aux morts la grâce des vivants (3) » : triste grâce ; la moitié delà population libre avait péri, les prisonniers furent, dit-on, décimés au Céramique (4), les esclaves vendus à l'encan. Comme toujours d'ailleurs, les innocents avaient payé pour les coupables : Aristion, ses complices et ses gardes réussirent à gagner l'Acropole, brûlant l'Odéon sur leur passage pour empêcher le vainqueur d'en utiliser les poutres (5). Sylla fit investir la citadelle et se retourna contre le Pirée.

La chute de la ville haute, en rendant disponibles toutes les

(1) Plutarque, SyJla, 14, donne la date d'après les Mémoires de Sylla et ajoute qu'elle correspondait à la Néoménie d'Jnthestérion, jour de la fête commémorative du déluge d'Ogygès (uSpocfopi'a; Suidas, Photius s. v. = Apollonius d'Ascalon, F. H. G. IV, 313). Malheureusement on ne sait pas si cette date attique est donnée d'après le calendrier divin, archontal ou même d'après le calendrier solaire réformé par Jules César, dont on faisait peut-être usage au temps de Plutarque. Cf. Fkkret, Sur la date ds la jii'ise d' Athènes jmr Sylla dans les Mémoires de l'Académie des Inscriptions, XXI, 40 ; A. Mommsen, Chronologie der Athcner, p. 227.

(2) Et non pas le sénat romain, comme le prétend Memnon (c. 32). Calliphon paraît avoir été un ancien stratège ; son nom figure , en effet , à la 2® place sur deux séries de tétradrachmes (Head, no* 92 et 103).

(3) Outre Plutarque, Florus I, 4, et Dion, fr. 103, rapportent ce mot célèbre, qui est aussi attribué à César (Dion XLII, 14).

(4) Pausanias I, 20, 4.

(5) Pausanias, loc. cit., attribue à tort à Sylla l'incendie de l'Odéon. Les Ariobarzane acquittèrent plus tard leur dette envers Athènes en faisant rebâtir l'édifice à leurs frais (C. L A. III, 1, 541 ; Vitruve Y, 9, 1.)

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