PRISE ET RUINE DU PIRÉE
forces de Sylla, entraînait celle du port. Archélaos cependant disputa le terrain pied à pied. Quand le bélier eut enfoncé les pans de mur mal séchés qui fermaient la brèche, quand les colonnes d'assaut, précédées d'une nuée de projectiles, s y engouffrèrent de nouveau , elles rencontrèrent derrière cette première enceinte six murailles semblables élevées par les défenseurs (1). Il fallut toute Fénergie de Sylla et Fàpre sentiment de la nécessité de vaincre pour soutenir le courage des troupes romaines jusqu'au bout de ce labyrinthe ; enfin tous les lacets furent enlevés l'un après l'autre, avec des pertes terribles. « Ces gens-là sont fous, » s'écria le général pontique; il évacua l'enceinte et la ville du Pirée et se retira dans la presqu'île de Munychie; sa flotte vint jeter l'ancre dans le petit port (2). Là il était inexpugnable, et Sylla, dénué de vaisseaux, renonça à le forcer. Le vainqueur se vengea de ses longues épreuves en livrant le Pirée à une dévastation sauvage : les fortifications, les « loges à vaisseaux », le magnifique arsenal de Philon, la ville tout entière, la plus régulière et l'une des plus belles de la Grèce, devinrent la proie des flammes. Guerre vraiment hideuse qui en moins de deux ans avait déjà accumulé tant de ruines, décimé l'Asie Mineure, dépeuplé Athènes, et fait de Délos et du Pirée deux éternelles solitudes (3).
La prise d'Athènes et du Pirée terminait le second acte du drame et permettait de prévoir le dénouement final : les Pontiques avaient perdu désormais leur base d'opération en Grèce , et , condamnés à lutter en rase campagne, ils ne pouvaient se flatter d'y tenir tête à des légions romaines bien commandées. Aristion, par sa négligence , Ariarathe , par sa lenteur, sont les deux auteurs responsables de la catastrophe. L'un et l'autre expieront bientôt leur faute : Aristion sera immolé par Sylla à la juste rancune d' Archélaos, Ariarathe condamné à mort par son père.
Au début du printemps de 86, ce jeune prince quittait la Macédoine avec le gros de ses forces , et s'acheminait le long de la côte thessalienne , pour éviter sans doute le corps d'Hortensius. Il avait déjà atteint le promontoire Tisaeon, à l'extrémité de la Ma-
(1) Sex aut amplius (Florus) ; septemplicl muro (Orose).
(2) Plut., Si/Ua, 15, dit expressément que la flotte d' Archélaos stationnait à Munychie. Quant à.Appien, Iilith. 40, il dit simplement qu' Archélaos se retira eç ti toO lletpaiôJ; ô/upcoxaTov T£ xat 6a),à(T<7T[) Tispiy.À'uaTov ; ce pourrait être aussi bien la péninsule Akté que celle de Munychie.
(3) Sur la décadence définitive du Pirée, cf. Strabon IX, 1, 15.