LES DEUX ARMÉES EN PRÉSENCE
et mugissante, battait les flancs de leur rocher. Ni les railleries ni les provocations ne réussirent à tirer les Romains de leur inaction; de guerre lasse, les Asiatiques, déjà à court de vivres, se répandirent dans les environs pour piller. Panope (Phanoteus) fut détruite, le temple de Lébadée saccagé; des bandes de maraudeurs s'écartaient du camp et n y rentraient que le soir ou le lendemain avec leur butin. Tout cela se faisait sans ordre, sans discipline. Les commandants inférieurs, de nationalité variée, ne s'entendaient point; Archélaos, nouveau venu dans cette armée déjà gâtée, n'avait pu encore y asseoir son autorité; on s'acheminait clairement vers un désastre, pour peu que les Romains revinssent de leur stupeur. Or Sylla avait trouvé le moyen de les dégourdir : il leur mit la pioche à la main. Il détourna le Céphise de son cours, il creusa sur les flancs de la position deux larges tranchées , dont les crêtes , garnies de redoutes , devaient arrêter les incursions de la cavalerie asiatique (1). Au bout de trois jours de ces travaux rebutants, les légionnaires en eurent assez. Déjà familiarisés avec la vue de l'ennemi, encouragés par les oracles favorables que leur général savait habilement répandre (2), ils demandèrent à grands cris le combat.
Sylla mit aussitôt à profit leurs bonnes dispositions et fit occuper, sur la rive gauche du Céphise, la citadelle en ruine des Parapotamiens; ce fort couronnait une colline escarpée, dont le ruisseau l'Assos contournait le pied avant de se perdre dans le fleuve : c'était une position capitale, et Taxile, qui en avait reconnu trop tard l'importance, se disposait à s'en saisir au moment où Sylla l'y devança. En même temps, Sylla mit garnison dans Chéronée , à 40 stades (7 kilomètres) au sud-est (3) de la colline des Parapotamiens. Maître de ces deux points, il tenait toutes les issues de la plaine du Céphise et barrait aux Royaux la chaussée des Thermopyles, aussi bien que celle de Thèbes et d'Athènes : il ne
(1) Frontin, Strat. II, 3, 17.
(2) Ces oracles sont rapportés par Plutarque d'après le livre X des Commentaires de Sylla et par saint Augustin (Cie. Dei , II, 24) d'après Tite-Live, qui a dû puiser à la même source. Augustin appelle L. Titius celui que Plutarque nomme Q. Titius ; il fait du Salviénus de Plutarque un soldat de la sixihm h[çion, quoique Sylla n'en eût avec lui que cinq (Appien, B. civ. I, 79), ce qui permet de croire que les légions de Sylla étaient numérotées et qu'il avait laissé en Italie une des cinq premières. — L'oracle de Trophonios avait déjà auparavant (en 95 av. J.-C.) fait des prédictions relatives aux affaires de Rome (Obsequens, c. 50, Jahn).
(3) Théopompe chez Strabon XI, 3, 16.