‹ Mithridate Eupator, roi de PontChapitre 141 sur 417 · VICTOIRE DES ROMAINS · texte numérisé non relu

VICTOIRE DES ROMAINS

raiii est maintenant dégagé, et les légionnaires abordent au pas de course la phalange, encore toute troublée par la déconfiture des chars à faux. Sur un peu plus de 16,000 hommes (1), cette « phalange macédonienne » ne comptait pas moins de 15,000 nouveaux affranchis, esclaves libérés en exécution du décret d'Éphèse. En reconnaissant cette troupe servile , la fureur des Romains s'exaspère; un centurion demande si Ton est aux saturnales; jetant le pilum , les légionnaires tirent l'épée tout de suite et engagent le corps à corps. Mais ces phalangites improvisés firent meilleure contenance qu'on n'eût supposé : ils attendirent le choc avec calme, rangés en bataillons profonds, sarisses basses, boucliers serrés ; la première charge romaine fut repoussée ; il fallut faire avancer la seconde ligne, puis les gens de trait, dont les projectiles, criblant cette masse solide mais inerte, finirent par la rompre.

Pendant que cette mêlée faisait rage au centre, à droite Taxile engageait ses chalcaspides contre Muréna; en même temps Archélaos, ramassant ses escadrons, tâchait de déborder la gauche romaine. L'un des légats placés en réserve, Hortensius, voulut empêcher cette man-œuvre et prit Archélaos en flanc; mais un gros de 2,000 chevaux se détache , fond sur lui , le coupe du reste de l'armée et le refoule vers les hauteurs. Il allait être cerné lorsque Sylla, averti du péril de son lieutenant, accourut à son aide avec toute la cavalerie qu'il put réunir. Au nuage de poussière qui s'élève de loin, Archélaos devine l'approche du général en chef, se dégage d'Hortensius et fond à travers la plaine sur l'aile droite romaine, privée de son général. SyJla eut un moment d'angoisse lorsqu'il se vit seul, échoué au milieu du champ de bataille avec sa cavalerie inutile, à égale distance de ses deux ailes en détresse, assourdi par les hourras des barbares que répercutait l'écho des montagnes. Ce ne fut qu'un instant. Son parti est pris : il envoie Hortensius avec quatre cohortes soutenir Muréna, emmène la cinquième, recueille en chemin les deux cohortes de Galba, et regagne son aile droite qu'il trouve soutenant bravement les charges répétées de la cavalerie pontique. La vue de leur chef aimé enlève les troupes; elles enfoncent les escadrons d'Archélaos, les jettent à gauche dans le ruisseau Molos, à droite dans le Céphise. La victoire décidée de ce côté, Sylla retourne à son aile gauche où Taxile

(1) Le chiffre réglementaire (maximum) d'une phalange était de 16.384 hommes (Arrien, Tactique^ C. 9).

Page 1