MASSACRE DES ASIATIQUES
était déjà battu ; un dernier effort achève la déroute de la phalange et toute l'armée royale s'enfuit en débandade vers le camp fortifié d'Assia.
Alors commence une boucherie indescriptible. Une partie des fuyards, arrêtés dans leur course par les rivières qui sillonnent cette plaine, sont hachés par la cavalerie romaine; d'autres régiments s'entassent dans les défilés, se brisent contre les rochers, roulent au fond des ravins. Une poussée énorme se produit vers les portes du camp. Comme naguère au Pirée, Archélaos veut donner à cette cohue affolée le courage du désespoir : il défend d'ouvrir les portes et ramène les fuyards au combat; mais dans l'étroit vallon où ces myriades d'hommes s'accumulent, comment se déployer? comment reformer les unités brouillées, dissoutes? Nul ne retrouve son chef ni son drapeau ; c'est un troupeau sans défense où le glaive romain frappe à coup sùr. Pour la seconde fois la vague humaine reflue vers les retranchements; émus par des supplications déchirantes, les gardes ouvrent les portes, mais cette fois vainqueurs et vaincus s'y engouffrent pêle-mêle, et à la lutte succède le massacre. Jusqu'au soir, des détachements qui n'avaient pas pris part au combat, revenant, suivant leur habitude, du fourrage ou de la maraude, se laissèrent tromper par les feux qu'allumaient les Romains ou leurs captifs et donnèrent tête baissée dans le charnier. Presque toute l'armée royale fut tuée ou faite prisonnière : sur GO, 000 hommes, à peine 10,000 s'échappèrent avec Archélaos et parvinrent à Chalcis; Sylla les poursuivit avec ses troupes légères jusqu'à l'Euripe, mais, faute de navires, il dut s'arrêter là. Quant aux pertes de l'armée romaine, elles sont inconnues : Sylla, avec sa précision habituelle dans le mensonge, n'accusa que 14 soldats manquant à l'appel; « encore deux revinrent-ils dans la nuit (1). »
Telle fut cette journée célèbre qui démontra une fois de plus la
(l) Plutarque et Eutrope donnent 14 morts (13 dans l'Eutrope grec) ; Appien, 15. — Pour les détachements pontiques massacrés au retour de la maraude, la seule source est Memnon, c. 32 ; le reste de son récit, qui réduit la bataille à une simple surprise, est bien suspect. Pour la topographie du champ de bataille : Leakb, Travds in Northern Greece, II, 112 et 192 ; GoettlixCt, Gesammdte Ahhandlangen, I, 147 ; Ulrichs, lîeisen in Griechenland, I, p. 158; Mure, Tour in Greece, I, 212; BURSIAN, Géographie von Griechenland, I, 164. La position des ruisseaux Molos et Morios (peut-être identiques) est malheureusement incertaine ; ce sont probablement des affluents de droite du Céphise ; l'un d'eux formait la limite entre la Phocide et la Béotie.