‹ Mithridate Eupator, roi de PontChapitre 145 sur 417 · GOUVERNEMENT DE MITHRIDATE EN ASIE · texte numérisé non relu

GOUVERNEMENT DE MITHRIDATE EN ASIE

âge d'or pour les populations tant éprouvées de l'Asie romaine. Il semblait vraiment que le temps des Eumène et des Attale fût revenu, tant le conquérant les prenait en tout pour modèles. Il résidait, comme eux, à Pergame; comme eux, il avait épousé une simple bourgeoise grecque ; comme eux , il savait flatter le goût des spectacles et de la mise en scène, si vif chez ces Provençaux d'Asie, par des représentations théâtrales qu'il présidait, par des courses de chars où il ne dédaignait pas de disputer le prix. Les privilèges des temples , le droit d'asile auquel ils attachaient tant d'importance, oubliés seulement le jour du massacre des Italiens, furent expressément remis en vigueur et réglementés à nouveau : c'est ainsi que l'étendue du territoire inviolable, autour de l'Artémision d'Éphèse, fut fixée à une portée de flèche à partir du faîte du toit, distance un peu plus grande que celle du règlement d'Alexandre (un stade) (I). On a déjà vu que les dépouilles des Romains servirent à rembourser les dettes des cités grecques ; plusieurs furent, en outre, gratifiées libéralement sur la cassette royale, entre autres Tralles (2) et Apamée, où Mithridate effaça les traces d'un récent tremblement de terre (3). Tout en s'appliquant à faire disparaître les souvenirs de la domination romaine, Mithridate respecta la mémoire des rares bienfaiteurs de la province. Rutilius ne fut pas inquiété dans sa retraite studieuse de Smyrne; les fêtes Muciemies, instituées en l'honneur de Scévola, continuèrent à être célébrées (4). Si l'on joint à tant de mesures libérales et libératrices Fabolition de tous les impôts et une justice exacte, que le roi rendait souvent en personne, il faut avouer que le parallèle du nouveau gouvernement avec le régime qu'il avait remplacé était tout à l'avantage de Mithridate.

Pourtant dès le début, il y eut des ombres au tableau. Sans parler des populations montagnardes, comme les Paphlagoniens et les Lyciens, qui opposèrent à la conquête une résistance prolongée, même dans la province romaine l'adhésion à la cause du roi était loin d'être unanime. Si Magnésie du Sipyle fut seule à braver ouvertement (5) les armées royales, dans beaucoup d'au-

(1) Strabon XIV, 1, 23.

(2) Cicéron, Pro Flacco, 25.

(.'{) strabon XII, 8, 18. Sur le tremblement de terre, voir Nicolas de Damas, fr. 80.

(4) Cicéron, Verr. Acc. II, 21, 51.

(5) Elle résistait encore en 86 (Liv. ej). 81).

Page 1