‹ Mithridate Eupator, roi de PontChapitre 146 sur 417 · CAUSES ET SYMPTOMES DE MÉCONTENTEMENT · texte numérisé non relu

CAUSES ET SYMPTOMES DE MÉCONTENTEMENT

très villes, à Cyzique, à Ilion, à Chios, Rome conservait des sympathies secrètes, qui n'attendaient que l'occasion d'éclater. En g-énéral , la victoire de Mitliridate n'avait été saluée avec un enthousiasme sincère que par les patriotes hellènes, par les gens de lettres et par la démocratie; les classes dirigeantes, dont les intérêts étaient plus ou moins solidaires de la domination romaine, observaient une réserve méfiante, trop justifiée par quelques-unes des premières mesures du règne, telles que l'affranchissement collectif des esclaves dénonciateurs et la confiscation des biens des juifs à Cos. Dans certains endroits le parti conservateur prit une attitude si hostile, que le roi installa ou laissa installer des tyrans, c'est-à-dire des dictateurs appuyés sur la démagogie : tels furent à Tralles les fils de Cratippe (1), à Adramyttion Diodore, à Colophon Épigone. Ailleurs, comme à Éphèse, les autorités locales furent placées sous la tutelle d'un gouverneur militaire, nommé par le roi. C'étaient déjà autant de prétextes de crier à la tyrannie; bientôt Mithridate en fournit d'autres : la griffe du despote oriental se fit sentir sous le gant du roi philhellène. Un jour, il faisait trancher la tête à un capitaine et à un pilote chiotes pour les punir d'une fausse manœuvre qui avait amené la perte de son vaisseau amiral; une autre fois, un bourgeois de Sardes, Alcée, qui s'était avisé de battre Mithridate à la course des chars , fut trouvé mort dans son lit. Le peuple murmurait contre la longue durée de la guerre, en voyant partir tous les jours des levées de conscrits, qui pour l'Attique, qui pour l'Eubée, qui pour la Macédoine, s'engouffrant les unes après les autres dans la fournaise insatiable. Si Mithridate n'exigeait pas, comme Rome, la dîme des terres, jamais, en revanche, la dîme du sang n'avait pesé aussi lourdement sur l'Asie grecque.

La tension des esprits , la fermentation sourde des populations asiatiques se faisaient déjà sentir à la fm de l'année 87. Les premiers succès de Sylla, la reconquête de la Grèce, les mémorables combats devant le Pirée , précipitèrent le revirement : ils firent renaître chez les uns la crainte, chez les autres l'espérance du triomphe final des armes romaines; ce sentiment fournit un corps aux pensées de défection, encore vagues et flottantes. Dès ce moment beaucoup d'xVsiatiques, de Grecs surtout, tâchèrent de

(1) Strabon XIV, ], 42.

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