MASSACRE DES TÉTRARQUES GALATES
se ménager une retraite, de faire secrètement leur paix avec Rome : on eût dit des écoliers insurgés qui , pressentant le retour vengeur du maître , s'empressent de regagner leurs bancs et de dénoncer leurs camarades. Plusieurs foyers d'intrigues se formèrent; les allées et venues, les conciliabules, bientôt les complots se multiplièrent. Mithridate s'inquiéta; tenu au courant de toutes ces menées par une police vigilante , il prit hardiment l'initiative de la répression et tàclia de décourager les tentatives de contre -révolution par quelques exécutions vigoureuses.
Les premiers coupables et aussi les premières victimes furent les tétrarques galates (1). On se souvient que Mithridate, pour s'assurer de la fidélité de la Galatie , avait emmené à Pergame , comme autant d'otages, les tétrarques les plus influents et leurs familles. Cette captivité déguisée finit par exaspérer ces rudes barbares. L'un d'eux, le tétrarque des Tosiopes, une sorte de géant qui répondait au nom d'Éporédorix, complota de précipiter le roi du haut de son tribunal, un jour que, suivant l'usage, il viendrait rendre justice dans le gymnase de Pergame. Par hasard, le roi ne vint pas à l'audience; le barbare se crut dénoncé et, clans sa terreur, convoqua ses collègues pour se concerter en vue d'une action commune. Mais Mithridate tenait tous les fils du complot. 11 invita les tétrarques avec leurs familles à un grand banquet, fit cerner la salle par des hommes armés,, et massacra tous les convives, hommes, femmes et enfants, au nombre de soixante. Seul le jeune Bépolitan fut épargné pour sa beauté; la concubine d'Éporédorix n'obtint que la permission d'ensevelir le corps de son amant. Les tétrarques demeurés en Galatie furent également attirés dans un guet-apens et massacrés, à l'exception de trois qui réussirent à se sauver dans la campagne. Les biens des victimes furent confisqués, des garnisons mises dans les villes et la Galatie placée sous la férule d'un satrape, Eumachos : il ne devait pas jouir longtemps de son gouvernement (87 av. J.-C).
Contre les Galates, Mithridate avait des preuves; contre les Chiotes, il n'avait que des présomptions. Depuis l'accident arrivé
(1) Sur cet épisode , voir Appien, J/?7/<. 46 et Plutarque, De virtutlhus mnlierumjC. 23 (Œuvres morales, éd. Didot, I, 319). J'ai corrigé le nom UopyiSopà^ en 'ETiopvjSopî^. Appien place cet épisode après la bataille de Chéronée ; mais comme il le raconte avant les affaires de Chios et d'Éphèse, qui, ainsi qu'on le verra, eurent lieu pendant l'hiver 87-86, j'ai cru devoir modifier sa chronologie également sur ce point.