AFFAIRE DE CHIOS
à son vaisseau amiral devant Rhodes , qu'il attribuait à la malveillance d'un capitaine de Cliios, le roi se méfiait de ces insulaires ; leur conduite ultérieure ne fit que confirmer ses soupçons. Les Chiotes tâchèrent de frauder le trésor royal lors du partage des dépouilles italiennes; plusieurs notables de l'île s'enfuirent auprès des Romains : on confisqua leurs biens, mais on sut qu'ils continuaient à correspondre secrètement avec leurs compatriotes et que File n'attendait, pour s'insurger, que la réapparition du pavillon romain dans l'Archipel. Mithridate résolut delà prévenir. L'un de ses généraux, Zénobios, chargé ostensiblement d'amener des renforts en Grèce, se présenta inopinément, une nuit, devant le port de Chios, occupa les remparts de la ville et plaça des sentinelles à toutes les portes. Le lendemain il convoque les bourgeois à l'assemblée, leur ordonne de livrer leurs armes et de remettre comme otages les enfants des premiers citoyens. Les armes saisies et les otages expédiés à Érythrées, Zénobios ajourne les Chiotes à une nouvelle assemblée pour prendre connaissance des volontés du roi. Là, il leur donne lecture d'une longue lettre de Mithridate qui énumérait ses griefs et concluait ainsi : « Tous les habitants de Chios ont, de l'aveu du Conseil des amis du roi, mérité la mort; néanmoins le roi consent à leur faire grâce de la vie et à commuer leur peine en une amende de 2,000 talents (environ 12 millions). » Chios n'était pas en mesure de payer une pareille somme : vainement les femmes livrèrent leurs parures, les prêtres les ornements des temples; on ne put atteindre le total exigé. Alors Zénobios réunit les habitants au théâtre pour la troisième fois; toutes les issues en sont occupées par la troupe, et les malheureux Chiotes, extraits de l'enceinte les uns après les autres, sont chargés de chaînes et embarqués sur des vaisseaux tenus prêts à partir. Hommes, femmes et enfants sont parqués dans des navires distincts, sous la surveillance de leurs propres esclaves, devenus leurs garde-chiourme. Toute cette malheureuse population devait être déportée en Colchide; mais en route plusieurs bâtiments furent capturés par les gens d'Héraclée Pontique, qui donnèrent aux exilés une généreuse hospitalité et les rapatrièrent à la fin de la guerre. Le sol de Chios fut provisoirement partagé entre des colons pontiques (1).
(1) J'ai suivi le récit d'Appien, Mlth. 40-47, et, pour le détail des esclaves, Posidonius