CHANGEMENTS ETHNOGRAPHIQUES AU VIP SIÈCLE
Halys, ni à plus forte raison jusqu'aux bords de la mer Noire (1). Les longues incursions des Cimmériens et les Scythes, l'écroulement de l'empire assyrien, les progrès rapides des Lydiens et des Mèdes amenèrent un bouleversement complet des rapports politiques dans cette partie de l'Asie. A la fm de cette période agitée, les anciennes races ont disparu ou ont été refoulées dans la montagne; à leur place ont surgi des peuples nouveaux, volontairement émigrés ou transplantés par force. Les Paphlagoniens ont remplacé à l'ouest du Halys les Hénètes et les Caucons (2) ; les Leucosyriens occupent le bassin de l'Iris ; les Tibarènes et les Mosques ont trouvé un asile aux deux extrémités du Paryadrès (3); les Arméniens, colons phrygiens fuyant devant l'invasion thracocimmérienne (4), se sont installés dans la Petite- Arménie et commencent à disputer la haute vallée de l'Euphrate aux Chalybes et aux Mossynèces; enfin, au sud du Halys se sont établis les Bagadaons et les Cataons, ces derniers débordant jusqu'en Acilisène (5). Mais tous ces peuples, dès leur première apparition dans l'histoire, ne jouissent déjà que d'une demi-indépendance ; ils sont les vassaux et les tributaires des nouveaux royaumes qui se sont élevés sur les ruines de l'empire de Ninive. Les Ciliciens ont franchi le Taurus et dominent jusqu'au Halys (6); à l'ouest de ce fleuve, tous les peuples reconnaissent la suzeraineté des Lydiens; à l'est, celle des Mèdes. Ces deux dernières nations, qui avaient rendu aux Asiatiques l'immense service de les débarrasser l'une des ravages des Cimmériens, l'autre du joug des Scythes, acceptèrent le Halys pour commune frontière de leur influence (7); mais quand les Perses eurent renversé et absorbé l'empire mède, la Lydie, mena-
(1) Textes assyriens sur Mescheq et Tubal : Schuader, Keilinschriften und Geschichtsforschung, p. 155 suiv. A la fin du xii^ siècle, Teglath Phalasar I*'" a peut-être atteint la mer Noire (mer Supérieure ou mer de Naïri ; III Rawl. 4, G ; op. LoTZE, Die Inschriften Tiglatpilesers T, 1880; encore Schrader, Die Namen der Meere in den assyrischen Inschriften, Ahhandlungen de TAcad. de Berlin, 1877, y voit-il le lac Van); mais c'est là un fait isolé. L'assimilation de Mat-qui avec Sinope (Gelzer, Sinope in den Keiltexten , dans la Zeitschrift fur œgyptische Sprache , 1874, p. 114) ne soutieut pas l'examen.
(2) Cp. suprà, p. 15, note 3.
(3) La destruction de Tubal et de Mescheq est annoncée par Ezéchiel, XXXIII, 26-27.
(4) Les Arméniens colons phrygiens : Hérodote VII, 73; Eudoxe, chez Eustathe sur Denys v. 694 (= Geog. min. II, 341).
(^5) Les Cataons chassés de l'Acilisène par les Arméniens : Strabon XI, 14, 6.
(6) Le Halys coule d'abord en Cilicie : Hérodote I, 72, ou sépare la Cilicie de la Cappadoce : V, 52. Mazaca est le chef-lieu de la préfecture de Cilicie : Strabon XII, 1,4; 2, 7.
(7) Hérodote I, 72-74.