ORGANISATION DE DARIUS
cée, reprit l'offensive : Crésus franciiit le Halys et conquit le royaume leucosyrien (1). On sait quelle fut l'issue finale de cette campagne, destinée, suivant le mot de l'oracle, à détruire un grand empire : en quelques mois Crésus était vaincu , la Lydie rayée du nombre des nations, et toute l'Asie unifiée sous le sceptre deCyrus (546 av. J.-C).
Dans l'organisation définitive de la monarchie perse, qui eut pour auteur Darius, presque toute l'Asie Mineure fut assujettie au régime provincial. Seuls les royaumes de Papjilagonie etdeCilicie, qui s'étaient soumis de plein gré, gardèrent, à la condition de payer tribut, leurs dynasties nationales et leurs anciennes limites (2). Quant aux prétendus royaumes de Cappadoce et de Pont, qui auraient, d'après quelques auteurs, subsisté ou pris naissance sous la suzeraineté des Perses, il ne faut voir là qu'une fable inventée à plaisir; les listes de rois, qui fourmillent de contradictions et d'impossibilités, ont été fabriquées à une époque tardive, dans un intérêt dynastique, par les historiographes officiels des Ariarathe et des Mithridate (3). En réalité, dans l'empire de Darius, Leucosyriens, Matiènes, Phrygiens, Mariandynes et Bithyniens furent réunis dans une satrapie unique, la troi- i sième d'Hérodote (4), dont le chef-lieu était Dascylion, sur la Propontide (5) : c'est à cet ensemble que les inscriptions de Darius donnent le nom, d'ailleurs inexpliqué, de Katpatouka , d'où les Grecs ont fait Cappadoce (6). Cette satrapie, l'une des plus vastes
(1) Hérodote I, 75-7(J.
(2) Xénophon, Cyrop. YIII, G, 8. Pour le tribut, la Cilicie forme une division à part; la Paphlagonie est rattachée à la Cappadoce (Hérodote III, 'JO).
(3) Rois de Pont descendant d'Artabaze, frère de Darius : Salluste fr. II, 53, Kritz ; Florus I, 40, Halm. Rois de Cappadoce : Diodore fr. XXXI, 19. D'après le fr. inc. 10 de Polybe, mutilé d'ailleurs, il semble que, dans une version de la légende, le fondateur de la dynastie aurait été le Perse Cappadox (?), qui avait sauvé la vie à un Artaxerxès dans un accident de chasse. Le roi lui donne tout le pays qu'on peut apercevoir du sommet d'une montagne très élevée (l'Argée ?).
(4) Hérodote III, 90. Cf. Ctésias fr. XXIX, 16, Miiller (Ariaramne, satrape de Cappadoce, chargé d'une reconnaissance en Scythie). En général, P. Krumbholz, De Asiae minorh satrapis persicis, diss. Leipzig, 1883.
(5) Hérodote III, 120; 126, etc.
(6) Etymologies anciennes du nom de Cappadoce : le Perse Cappadox (?), Polybe fr. inc. 10, Didot ; le héros Cappadox, fils de Ninyas, Arrien fr. 48 ; le Cappadox, affluent du Halys (Delidje Irmak?), Pline VI, 9. Etymologies modernes : hvaqpa dakhim, C( pays des beaux chevaux » en zend (Benfey) ; Katpa-touklia , a. côté des Toukha » (Douha des textes cunéiformes), d'après Lagarde et Kibpert. Le nom KatpatouTca se lit dans les inscriptions de Darius (Behistoun, col. I, § 6, etc.)