‹ Mithridate Eupator, roi de PontChapitre 151 sur 417 · ENVOI DE FLACCUS EN GRÈCE · texte numérisé non relu

ENVOI DE FLACCUS EN GRÈCE

que lui-même : on le fit cacher sous un lit et assister à un conciliabule des conjurés. Désormais Mithridate ne vit partout que des traîtres et frappa impitoyablement, parfois même au hasard , condamnant à mort sur de légers indices, choisissant surtout les personnages les plus haut placés de la province, pour s'enrichir par la confiscation de leurs biens (1). A Pergame seul, 80 personnes furent arrêtées et mises à mort sous finculpation de complot contre la vie du roi; dans toute la province, il y eut, en quelques mois, 1,600 exécutions capitales. La chasse aux conspirations, comme toujours, créa elle-même son gibier : chaque affamé, chaque ennemi personnel se fit espion ou délateur. Un véritable régime de terreur sévit sur l'Asie et, glissant de plus en plus sur la pente fatale, Mithridate ne tarda pas à faire regretter ces proconsuls et ces publicains dont il était devenu le plagiaire.

Le meilleur, le seul moyen de réconcilier l'Asie avec la domination de Mithridate, c'eût été une grande victoire remportée en Europe. Le roi le sentait et ne recula devant aucun sacrifice pour prendre, si possible, sa revanche de Chéronée avant la fin de la campagne. Il fallait d'autant plus se hâter qu'une seconde armée romaine était en marche vers l'Orient. Pendant que Sylla jouait au justicier à Thèbes et dans Athènes, le gouvernement démocrate de Rome, après avoir épuisé contre lui toutes les voies légales, avait enfin décidé de recourir à la force. Le nouveau collègue de Cinna, le consul L. Valérius Flaccus, substitué à Marins pour la fin de l'année 86, fut désigné pour aller arracher le commandement des mains de Sylla et continuer, à sa place, la guerre contre Mithridate (2). Le consul était un homme de capacités douteuses , et les deux légions qu'on lui confia ne représentaient guère que 12,000 hommes, un tiers de moins que l'armée qui restait à Sylla. On avait adjoint à Flaccus, en qualité de légat et de préfet de cavalerie (3), C. Flavius Fimbria : démagogue furibond, volontiers criminel , il avait tenté un jour d'assassiner en plein

(1) Orose VI, 2, 8 : Mlthridates in Asia nohilisshnarum iirhinm lyrlnc'tpes occidere honaque eorum publicare animo intenderat. Cumque iam MDC ita inteifecisset, etc. Ce dernier chiffre concorde avec celui d'Appien, Jlith. 48.

(2) Ses instructions sont quelque peu défigurées par Memnon, c. 34 , qui oublie ou ignore que Sylla avait déjà été déclaré ennemi public.

(3) Legatus (Tite-Live, ep. 82) ou x>rapfectus equitum (Velléius Paterculus II, 23), et non pas questeur comme le prétend Strabon XIII, 1, 27 ; il sera plus tard question du questeur de Flaccus.

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