‹ Mithridate Eupator, roi de PontChapitre 152 sur 417 · SYLLA ET FLACCUS EN PRÉSENCE · texte numérisé non relu

SYLLA ET FLACCUS EN PRÉSENCE

forum Taugure Scévola et traduisit la victime en justice pour avoir survécu à ses blessures (1); mais il y avait dans ce scélérat un officier habile, sachant le chemin du cœur des soldats, et un diplomate retors, dont l'intervention avait déterminé naguère Falliance entre Cinna et les Samnites insurgés, c'est-à-dire le triomphe du parti démocratique (2).

Les légions valériennes, levées au commencement de Tannée 86 (3), s'embarquèrent à Brindes un peu après la bataille de Chéronée. A ce moment, Archélaos, en attendant que Mithridate lui envoyât des secours ou Tordre de son rappel, avait fait de Chalcis son quartier général; de là il se livrait à une guerre de course aussi audacieuse qu'habile. Il ravagea les côtes du Péloponnèse, fit une descente dans Tile de Zacynthe et réussit à enlever ou à brûler bon nombre des bâtiments qui transportaient les légions démocratiques à travers la mer Ionienne ; d'autres furent fracassés par la tempête. Pourtant le gros de l'armée aborda en Épire, puis se dirigea à travers la Thessalie vers les Thermopyles. Sylia, payant d'audace, marcha au-devant de son successeur désigné. Il atteignit son avant- garde à Mélitée, au pied du mont Othrys. Flaccus avait déjà réussi à se rendre impopulaire par son avarice et sa cruauté ; à l'approche de l'ennemi, la désertion se mit dans les rangs de ses troupes, et il fallut tous les efforts, toutes les ressources d'esprit de Fimbria pour empêcher l'armée de se dissoudre complètement. Renonçant à leur premier dessein, les Valériens tournèrent alors le dos à la Grèce et prirent le chemin de THellespont; Sylla se disposait à les poursuivre, et peut-être la fm de Tannée 86 aurait-elle vu deux armées romaines aux prises, sous les yeux étonnés de TOrient, lorsque le vainqueur de Chéronée fut rappelé à une tâche plus digne de lui par Tannonce d'une brusque invasion qui menaçait ses derrières.

C'était la nouvelle armée dont Mithridate avait décidé l'envoi en Grèce immédiatement après le désastre de Chéronée. Il ne manquait pas, dans l'entourage du roi, de courtisans empressés qui rejetaient sur Archélaos la cause de cette défaite : on l'accusait d'incapacité , le mot même de trahison fut prononcé. Mithri-

(1) Cicéron, Pro S. Roscio, XII, 33 ; Bridas, LXYI, 233. j

(2) Licinianus, p. 27. |

(3) En effet, à la fin de 07, elles réclameront leur congé, comme ayant servi 20 ans, durée légale des engagements à cette époque.

DORYLAOS EN GRÈCE.

date n'ajouta pas foi à ces propos; rien ne lui fait plus d'honneur que la confiance qu'il continua de témoigner au général malheureux, mais jusqu'alors habile et fidèle. Au lieu d'Archélaos, ce fut Taxile qu'il rappela pour lui donner un autre emploi ; à la tête de la nouvelle armée, destinée à reconquérir la Grèce, il plaça son ministre de la guerre, son confident, son camarade d'enfance, Dorylaos. L'armée comptait 70,000 hommes triés sur le volet (1), dont plus de 10,000 cavaliers, et 70 chariots armés de faux. Elle prit la voie de mer, toucha en Eubée pour y recueillir les débris du corps d'Archélaos, environ 10,000 hommes, et descendit en Béotie où elle mit tout à feu et à sang. Les villes béotiennes, étonnées par ce retour imprévu des Asiatiques, recommencèrent à croire en Mithridate et se déclarèrent presque toutes en sa faveur.

Quand Sylla, accouru en toute hâte des Thermopyles, parut en Béotie , Dorylaos , grisé par ses premiers succès, ne rêvait que bataille; Archélaos, instruit par l'expérience, conseillait de temporiser. Dès la première rencontre, qui eut lieu à Tilphossion, au sud du lac Copaïs, entre Haliarte et Coronée, Dorylaos fut fixé sur la solidité des légions et se rangea à l'avis de son collègue. Filant entre les montagnes et le lac, il vint asseoir son camp dans la plaine d'Orchomène, à peu de distance du champ de bataille de Chéronée, mais dans un terrain tout à fait uni et découvert, où sa brillante cavalerie pourrait se donner librement carrière. En attendant, elle poussait des pointes en tous sens et coupait les vivres à Sylla.

Comme à Chéronée , le Romain fit prendre la pioche à ses hommes, non plus pour se défendre, mais pour attaquer. Bientôt les généraux de Mithridate virent avec étonnement de profondes tranchées, larges de dix pieds, sillonner la plaine et serpenter lentement vers leurs positions , comme les tentacules d'une pieuvre gigantesque qui menaçait de les étouffer ou de les acculer aux marais du Céphise. 11 fallait à tout prix empêcher ce travail d'aboutir. La cavalerie pontique vint charger les travailleurs et les fit d'abord plier; l'infanterie légionnaire, accourant à la rescousse par petits pelotons, fut enfoncée à son tour et commença à se

(1) Orose VI, 2, 6 : Mithridates lectissima septuaginta millia militum Archclao in suhsid'ium misit. De même Eutrope Y, 6, 3. Plutarque, Si/lla, 20, compte 80,000 hommes; de même Appien, Mith. 49. Le chiffre de l'infanterie chez Licinianus, p. 33, paraît être 50,000; c'est à lui aussi que j'emprunte le chiffre des chars à faux. Le manuscrit est ici presque illisible.

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