BATAILLE D'ORCHOMÈNE
débander. Ce jour-là, Sylla fut héroïque : sautant à bas de son cheval, il saisit une enseigne et se jeta tout seul au fort de la mêlée, suivi de ses adjudants et de ses prétoriens : « Soldats, s'écriet-il, si Ton vous demande où vous avez abandonné votre général, n'oubliez pas de répondre : « Devant Orchomène (1) î » Ces paroles arrêtent la panique ; de toutes parts on s'élance au secours de Sylla, et deux cohortes, arrivant à propos de Taile droite, contiennent, puis refoulent les escadrons ennemis. L'armée romaine se reforma un peu en arrière de ses premières positions, déjeuna sur le terrain, puis se remit aussitôt au travail des tranchées. Cette fois, toutes les dispositions étaient prises pour recevoir la cavalerie asiatique. Vainement celle-ci multiplia ses charges splendides; elles se brisèrent contre la muraille d'airain des légions, muraille mouvante qui s'entr'ouvrait pour laisser passer l'ouragan et se refermait pour lui barrer le retour. Les archers, qui soutenaient la cavalerie pontique, ne furent pas moins tenaces : quand ils se virent serrés de si près qu'ils ne pouvaient plus tirer, ils saisirent leurs flèches à pleines mains et s'en servirent comme d'épées ! Lorsque le soir enveloppa cette plaine funèbre, 10,000 cavaliers, 5,000 fantassins asiatiques la jonchaient, parmi eux Diogène, beau-fils d'Archélaos (2) , qui avait conduit avec éclat une des ailes de la cavalerie royale.
Les débris de l'armée vaincue s'enfermèrent dans leurs retranchements. La nuit fut pleine d'angoisses. Le camp regorgeait de morts, de mourants, de blessés; de quelque côté qu'on se tournât, on n'apercevait point de retraite possible. En arrière et à droite , on avait le lac Copaïs , prolongé par les marais , verts de roseaux, où le Céphise et le Mêlas, — fleuve court, mais profond, qui naît au-dessous d'Orchomène , — mêlaient leurs embouchures ; en avant, à gauche, partout, l'armée romaine , qui avait déjà poussé son réseau de tranchées jusqu'à un stade du front de bandière; des détachements ennemis gardaient toutes les issues : on s'était laissé prendre dans la plus belle plaine de la Béotie comme dans une
(1) Ce mot célèbre est rapporté (outre Plut., Sull. 21 et Appien, Mith. 49) par Frontin II, 8, 12; Polyen VIII, 9, 2; Ammien Marcellin XVI, 12, 42. Tite-Live Tavait sans doute emprunté aux Mémoires de Sylla.
(2) Beau-Jils d'après Plutarque, ,^/*" d'après Appien, Eutrope, Licinianus. — Eutrope compte 15,000 morts dans ce premier engagement, de même Appien, 3Iith. 49 (15,000 morts, dont 10,000 cavaliers). Le chiffre d'Orose {quinquaginta milia) doit être corrigé d'après celui d'Eutrope.