SITUATION DIFFICILE DE MITHRIDATE
Mithridate commençait à désespérer de l'issue de la lutte : à partir de ce moment, il regarda les provinces récemment conquises non plus comme une acquisition durable, mais comme une proie momentanée qu'il devait se hâter de pressurer le plus possible avant qu'elle lui échappât pour toujours. L'Asie fut franchement mise au pillage; on prétend môme que le roi favorisa secrètement le développement de la piraterie sur les côtes de l'Archipel : indifférent aux doléances de ses sujets d'un jour, il consentit à partager leurs dépouilles avec les flibustiers déchaînés par lui (1). Cependant, si la situation de Mithridate devenait chaque jour plus difficile, celle de ses ennemis n'était guère brillante. Le manque de flotte, l'antagonisme des généraux, reflet de la haine des partis, paralysaient l'action des armées romaines; toujours victorieuses, elles ne parvenaient pas à tirer parti de leurs victoires pour frapper les coups décisifs qui auraient jeté le roi de Pont à leurs pieds. Dans ces circonstances, le rôle de Mithridate était tout tracé : il fallait opposer l'un à l'autre ses adversaires, en offrant de jeter son épée dans la balance des luttes civiles de Rome, et obtenir, par ce marchandage, des conditions de paix avantageuses. Tel paraît avoir été, en effet, le plan de Mithridate, mais les événements et les hommes ne lui permirent de le réaliser qu'en partie.
Pas plus après Orchomène qu'après Chéronée , Sylla ne fut en mesure de compléter sa victoire. Dénué d'escadre, sans nouvelles de Lucullus, il s'arrêta devant le mince canal de l'Eubée comme devant un fossé infranchissable, et se dédommagea sur les villes béotiennes et locriennes qu'il châtia impitoyablement de leur défection réitérée : les trois ports de l'Euripe, Halées, Larymna et Anthédon, furent détruits de fond en comble (2). Ensuite Sylla prit ses quartiers d'hiver en Thessalie et commença, en désespoir de cause, à se bâtir une flotte.
Pendant que l'armée de l'oligarchie se refaisait de ses fatigues, l'armée du consul démocratique, encore toute fraîche, poursuivait sa route vers l'Hellespont, sans s'effrayer de la perspective d'une campagne d'hiver. Partie de Thessalie, elle envahit la Macédoine,
valier au galop à gauche, lançant un javelot. Monogrammes, dont un représente le nom de Panticapée. Drachme, S^'', 7.") (cf. Mur.KT, Bull. corr. helL VI, 211).
(1) Appien, Mith. 92.
(2) Plutarque, Sylla , 26.