‹ Mithridate Eupator, roi de PontChapitre 157 sur 417 · FLACCUS EN MACÉDOINE · texte numérisé non relu

FLACCUS EN MACÉDOINE

à peu près dégarnie cle troupes pontiques et livrée aux ravages impunis des Thraces. La province fut reconquise sans peine, mais les populations, malgré leur dévouement pour Rome qui leur avait valu les sévérités de Mithridate, furent odieusement maltraitées; en particulier la division d'avant-garde, où commandait Fimbria, et qui avait plusieurs journées d'avance sur le gros de Farmée, pilla tout sur son passage et emmena beaucoup d'habitants comme esclaves, avec l'approbation secrète du légat. Les populations malmenées portèrent plainte devant le consul Flaccus qui, à force de prières et de menaces, fit rendre gorge aux pillards et délivra les prisonniers; mais si cette conduite fut appréciée des Macédoniens, elle irrita vivement les troupes romaines : Flaccus acheva de gagner la réputation d'un avaricieux; on l'accusait, peut-être avec raison, de voler sur le butin et même sur la solde (1).

Au delà du Strymon le mécontentement ne fit que croître. A la vérité, les Thraces furent défaits dans plusieurs rencontres, et l'armée royale, qui assiégeait encore Abdère, décampa précipitamment à la nouvelle de la prise de Philippes par les Romains (2) ; mais l'hiver était venu et l'armée victorieuse souffrit cruellement de la disette (3). Flaccus, aussi à court de vaisseaux que Sylla, ne pouvait songer à franchir l'Hellespont; il remonta la via Egnatia jusqu'au Bosphore de Thrace, où Byzance restait fidèle à l'alliance romaine. On atteignit cette ville vers la fin de l'année 86 ou au commencement de 85. Le consul, redoutant, non sans raison, les excès auxquels ne manquerait pas de se livrer la soldatesque harassée par cette longue marche, fit camper ses légions hors des murs et entra seul dans Byzance, afin de négocier le transport de l'armée au delà du Bosphore. Pendant son absence, son légat Fimbria, qui visait depuis longtemps à le supplanter, s'apitoya publiquement sur le sort de ses pauvres compagnons d'armes, campés dans la neige et dans la boue, alors qu'une ville opulente et amie se trouvait à portée de leur camp. Excités par ces propos, les soldats forcèrent les portes de Byzance, massacrèrent les bourgeois qu'ils rencontrèrent sur leur chemin, et se logèrent de force dans les maisons particuliè-

(1) Diodore, fr. XXXVIII, 8, DidotjDion, fr. 104, 2. Appien, Mlth. 51, le juge sévèrement.

(2) LiciiiiaBus, p. 32 : regii qui Abderae praendeJjant , captif PliU'ippls, dilahuntur. (;}) Memnon, c. 34 : Xijxov ts -yao xai Ta à.Tib ttj; {xày;/;; TîTaîafxaxa loyt.

MEURTRE DE FLACCCS; FIMBRIA GENERAL.

res (1). Pour mettre fin à ces scandales, le consul s'empressa de conclure avec les B3'zantins et fit passer en Bithynie la division d'avant-garde , avec son dangereux légat (2) ; mais à Chalcédoine une querelle futile s'éleva entre Fimbria et le questeur à propos de billets de logement; l'affaire fut portée devant Flaccus, qui saisit avec joie l'occasion de se débarrasser de Fimbria : il le remplaça dans ses fonctions de préfet de la cavalerie et lui signifia son congé. Fimbria affecte de se soumettre et repasse le Bosphore ; mais arrivé au camp devant Byzance, où était restée la seconde division de l'armée, sous les ordres du légat Minucius Thermus, il s'arrête, harangue les soldats, les émeut, les soulève et finit par arracher les faisceaux au légat (3). Quand Flaccus, averti de la sédition, accourut en toute hâte de Chalcédoine pour l'apaiser, il n'était plus temps : les mutins lui fermèrent les portes du camp et faillirent lui faire un mauvais parti. L'infortuné consul se cacha dans une maison de campagne du voisinage, sauta le mur pendant la nuit et franchit de nouveau le Bosphore. Mais dans l'intervalle la sédition avait aussi gagné le camp de Chalcédoine : Flaccus, conspué, chassé, traqué comme une bête fauve à travers le Bithynie, finit par s'échouer à Nicomédie, où les limiers de Fimbria le découvrirent, caché au fond d'un puits. Deux soldats, qui lui gardaient rancune d'une punition trop sévère, le tuèrent. La tête fut jetée à la mer; le corps abandonné sur la plage, sans sépulture (janvier 83) (4).

Fimbria, porté à la tête de l'armée par une acclamation unanime, eut l'impudence d'adresser un rapport officiel à Rome et de demander au sénat un brevet de proconsul, qui lui fut accordé. Il occupa rapidement une grande partie de la Bithynie : Nicomédie, qui avait fermé ses portes, fut livrée au pillage, Nicée ouvrit les siennes, d'autres places furent emportées de vive

(1) Dion, fr. 104, 3. — Sur la magnificence de Byzance et sa richesse en statues, cf. Cic. De prov. coiis. IV, 6 .

(2) Dion, Memnon, Appien sont d'accord pour faire passer le Bosphore à l'armée de Flaccus; c'est certainement à tort que Diodore, fr. XXXVIII, 8, 2, nomme l'Hellespont.

(3) Dion, fr. 104, 4-5 ; Appien, Mith. 62.

(4) Appien, Mith. 52. Orose nomme également Nicomédie comme lieu du crime; c'est à tort que Memnon semble placer le meurtre de Tlaccus à Nicée. Quant à la date , il faut remarquer que Cicéron (Pro Flacco, XXV, 61), Tite-Live (ep. 82), Appien et Orose VI, 2,9 appellent Flaccus consul, au moment de sa mort, tandis que Yelleius Paterculus, II, 24, le nomme vir considaris. Cette variation indique que le meurtre eut lieu vers la limite des deux années consulaires.

MITHIIIDATE. 13

Page 1