TRAHISON D'ARCHÉLAOS
aux villes grecques d'Asie ou d'Europe qui avaient embrassé la cause de Mithridate (1).
Telles furent les clauses officielles des prélinainaires de Délion; quant aux articles secrets, plus importants peut-être, ils stipulaient qu'Archélaos évacuerait immédiatement les dernières places que Mithridate possédait en Europe (2), c'est-à-dire, en premier lieu , Clialcis, et qu'il livrerait à Sylla la partie de la flotte royale qu'il avait sous son commandement (3) : l'autre escadre, sous son frère Néoptolème, croisait encore sur la côte d'Asie. En récompense de ces deux actes de félonie, qui furent exécutés sur le champ, Sylla décernait à Archélaos, et se faisait fort de lui faire confirmer par le sénat, le titre personnel d' « ami et allié » du peuple romain — ce qui équivalait à le rendre inviolable (1); en outre, il lui fit don d'un domaine de 10,000 plèthres (870 hectares) en Eubée , détaché des terres du peuple romain; enfin pour satisfaire la rancune personnelle d'Archélaos, il fit empoisonner son ennemi intime Aristion, au lieu de le rendre conformément à l'article 5 du traité (5).
La conduite d'Archélaos se passe de flétrissure; celle de Sylla est plus délicate à juger. En se plaçant au point de vue de la tradition romaine, elle paraissait coupable au premier chef : c'était la première fois, en effet, depuis un siècle, que Rome consentait à déposer les armes sans avoir anéanti un vassal assez audacieux pour la braver en face; et ici, il ne s'agissait pas d'une rébellion ordinaire, mais d'une gigantesque levée de boucliers qui avait fait trembler les fondements môme de l'empire romain, tari les sources de sa prospérité; il s'agissait d'un ennemi qui, au lendemain de sa première victoire, avait ordonné, consommé de sang froid le massacre de 80,000 citoyens romains! Renoncer à tirer vengeance des insultes prodiguées au nom de Rome, des outrages accumulés sur son ambassadeur, laisser impunie la main qui avait signé le décret d'Éphèse, conserver sur le flanc des provin-
(1) Cette clause remarquable n'est donnée que par Memnon; elle n'en paraît pas moins authentique.
(2) Appien.
(3) Licinianus ; Tite-Live, ep. 82; vir. ill. 70 ; Salluste, fr. IV, 20. Cette clause manque, comme de juste, chez Plutarque ; elle est travestie chez Appien qui en fait une condition officielle, imposée à Mithridate,
; (4) Plut. , Sylla , 23. Ce titre fut effectivement confirmé par le sénat : Strabon XII, 3, 34. (5) Plut., loc. cit.