ENTREVUE DE DARDANOS
Sur les détails de la conversation qui eut lieu entre les deux grands adversaires, nous sommes aussi mal renseignés que sur les conférences de Délion : on ne les connaît que par Sylla, c'est tout dire. Le public vit seulement le roi et le proconsul descendre dans la plaine avec leurs escortes, puis éloigner celles-ci et s'avancer l'un vers l'autre. D'après le récit officiel, Mitliridate tendit le premier la main; Sylla retint la sienne et demanda au préalable si le roi acceptait sans réticence les conditions de Délion. Silence de Mitliridate. Alors Sylla : « C'est aux vaincus de parler et aux vainqueurs de se taire. » Là-dessus, Mitliridate entame une longue apologie de sa conduite, mais Sylla lui coupant la parole : « Roi, on m'avait vanté ton éloquence; je vois qu'elle mérite sa réputation. Mais les plus beaux discours ne valent rien contre les faits. » Puis il énumère les griefs de Rome, les crimes de Mithridate, et conclut en demandant un oui ou un non. Mitliridate ayant enfin répondu qu'il acceptait les préliminaires dans leur entier, Sylla lui donne l'accolade et fait avancer les deux rois en exil, Ariobarzane etNicomède, qui étaient restés jusque-là confondus dans son cortège. Le fier « descendant des Achéménides » échangea un salut courtois avec Nicomède, mais il tourna le dos à Ariobarzane, qui, n'étant pas né dans la pourpre, restait, à ses yeux, un esclave (I). Rien ne fut mis par écrit, mais immédiatement après l'entrevue, Mitliridate livra les 70 vaisseaux stipulés par Archélaos et cingla pour le Pont avec les débris de son armada. Il emmenait aussi bon nombre de Grecs, compromis pour sa cause, qui préféraient l'hospitalité du vaincu à la clémence douteuse du vainqueur (août 85) (2).
(1) Licinianus, p. 35 : gratia P. B. reconciliata , Ariobordianen ut servum respult.
(2) Pour l'entrevue de Dardanos : Plut., Sylla, 24 (sans aucun doute d'après les Mémoires de Sylla). Appien, Mith. 5G-58 , s'accorde avec Sylla dans les grandes lignes. La date résulte des tétradrachmes de Mithridate frappés à son retour dans le Pont avec l'emblème nouveau du cerf, qu'il avait adopté à Pergame : la plus ancienne pièce connue de cette série (Trois royaumes de l'Asie Mineure, p. 194) est de l'an BI- (212) du Pont = 86/5 av. J.-C. et du mois lA, c'est-à-dire août 85 ; le traite doit donc être au plus tard de ce mois. Les monnaies de Bithynie et de Cappadoce mènent à la même conclusion, car la série des Nicomède recommence avec l'an BIS (oct. 86-85) , et je possède une drachme d'Ariobarzane de l'an 11 (date inédite), c'est-à-dire 85 av. J.-C. — Les données des auteurs sont plus contradictoires : Appien dit expressément {Civ. I, 76) qu'il ne s'était pas écoulé tout à fait trois ans entre le départ de Sylla et la fin de la guerre, ce qui concorde bien avec la date 85, mais il est certain que l'ep. 83 de Tite Livre semble placer le traité après la mort de Cinna, c'est-à-dire en 84. Plutarque se contente de dire {Syll. 24) que Mithridate avait