‹ Mithridate Eupator, roi de PontChapitre 167 sur 417 · RÉSULTATS DE LA GUERRE · texte numérisé non relu

RÉSULTATS DE LA GUERRE

Ainsi se terminait, par une partie remise, cette guerre terrible qui, pendant près de quatre années, avait ensanglanté et dévasté les contrées les plus florissantes de l'ancien monde. Du seul côté de Mithridate, le nombre des morts sur le champ de bataille était évalué à 160,000 hommes (1); si Ton tient compte des massacres d'Éphèse et de Délos , des boucheries de Sylla et de Fimbria, le total des vies humaines sacrifiées ainsi en pure perte ne dut guère s'éloigner d'un demi million. Quant au dommage matériel — villes saccagées, anéanties ou ruinées pour toujours, campagnes ravagées, arsenaux et temples incendiés, œuvres d'art détruites ou noyées — il faut renoncer à l'évaluer même approximativement. L'ébranlement moral fut aussi profond que le désastre matériel. Mithridate laissait derrière lui tous les liens sociaux rompus, les haines de classe et de race exaspérées jusqu'à la frénésie, et pendant longtemps encore, sous les noms de romanisants et de cappadocisants , le parti des riches et le parti des prolétaires aux prises dans mainte cité d'Asie. Au point de vue politique , la conclusion de cette lutte acharnée se résumait en un double avortement : Rome n'avait pas réussi à écraser ni même à humilier Mithridate; Mithridate avait échoué dans sa tentative d'unifier sous son sceptre l'Asie Mineure, et, à plus forte raison, l'hellénisme tout entier. Mais ce dénouement , dû en apparence à des circonstances accidentelles , laissait subsister de part et d'autre toutes les rancunes, tous les souvenirs, toutes les espérances; Mithridate ne tardera pas à imputer son échec à la seule trahison et brûlera de le réparer; de son côté, Rome ne considérera pas son empire asiatique comme assuré tant que respire Mithridate. L'instinct populaire sentit que cette paix boiteuse était grosse de guerre futures, et ce fut en pleurant de rage que les soldats de Sylla virent Mithridate voguer vers le Pont-Euxin , fier, impuni et gorgé des dépouilles de Pergame. Avant de suivre ce vaincu triomphant dans son royaume, où nous aurons à étudier son activité sous un aspect nouveau , nous devons raconter brièvement les dernières convulsions de la crise qu'il avait déchaînée sur l'Asie.

pillé l'Asie c( pendant 4 ans ï) , ce qui est équivoque. Quant à la Chronique capitoline , elle place tous ces événements dans la même année, 2 ans après l'entrée de Marius à Rome (87), donc en 85.

(1) Appien, Mith. 64 ; B. Ch. I, 70.

MORT DE FIMBRIA.

La tâche de Sylla n'était pas terminée par le traité de Dardanos; il lui fallait encore procéder à la réorganisation de la province romaine, et, toutd'bord, se débarrasser de son rival Fimbria qui s'en disait, comme lui, gouverneur. Celui-ci s'était enfermé dans un camp fortifié aux environs de Thyatire, entre le Caïque et l'Hermos. Sylla vint l'y relancer, et comme Fimbria ne voulait ni capituler ni combattre, il renouvela contre lui la manœuvre qui avait si bien réussi à Chéronée et à Orchomène : il s'établit à deux stades du camp ennemi et commença à creuser un fossé tout autour. On vit alors se reproduire ce qui s'était passé l'année précédente à Mélitée : les soldats démocrates, déjà dégoûtés d'un chef qui ne leur procurait plus de butin, sortirent de leur camp par bandes, en tenue de corvée, fraternisèrent avec les soldats de Sylla, prirent même la pioche avec eux. Vainement Fimbria convoque ses légions à une assemblée générale, tâche de rallumer leur zèle par ces discours enflammés dont il a le secret : le charme est rompu, les soldats repondent à voix haute qu'ils ne veulent pas se battre contre leurs compatriotes, et les désertions se multiplient. Les démarches particulières de Fimbria auprès des officiers les plus influents ne furent pas plus heureuses : prières, menaces, argent, tout fut inutile. A bout d'expédients, Fimbria demanda aux troupes restées fidèles de lui renouveler le serment et procéda à l'appel nominal; le premier appelé, Nonius, un officier qui avait trempé dans tous les crimes du rebelle et reçu le salaire de sa complicité, refusa net. Fimbria, hors de lui, leva l'épée sur le traître, mais une clameur menaçante la fit retomber à son côté. Alors le malheureux descendit encore plus bas. Il trouva un esclave, qui se glissa dans le camp de Sylla et tenta de l'assassiner; mais le meurtrier se laissa prendre et fit des aveux complets. Les soldats de Sylla, indij2^nés, s'avancèrent au bord du fossé et accablèrent d'insultes et de défis r« Athénien », le « roi d'esclaves ». Pourtant il eut encore l'audace de solliciter une entrevue de Sylla. Celui-ci le renvoya dédaigneusement à un intermédiaire officieux, le proscrit Rutilius, qui lui offrit la vie et un sauf-conduit vers la mer, à la condition qu'il s'éloignerait immédiatement de l'Asie. Alors seulement l'homme de cœur, qui sommeillait dans le bandit, se réveilla. Il répondit vaguement à Rutilius qu'il savait une meilleure retraite, courut à Pergame et se jeta sur son épée

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