CHARGES FINANCIÈRES DE L'ASIE
échec pendant plus de cinq ans; même une victoire navale de Lucullus n'abattit pas le courage des habitants : ils ne succombèrent qu'en 79, sous les coups du préteur Thermus, assisté par la flotte bithynienne; leur ville fut livrée alors à une subversion totale (1). Ajoutons, pour compléter le tableau, que Sylla abandonna sans défense les côtes et les îles aux ravages des pirates, dont le nombre et l'audace avaient redoublé depuis le licenciement des Hottes de Mithridate : sous les yeux mêmes du vainqueur, lasos, Samos, Clazomène furent mises au pillage; du temple de Samothrace les flibustiers emportèrent pour 1,000 talents d'objets d'art et d'ornements (2).
L'armée romaine prit ses quartiers d'hiver dans les florissantes villes de l'Asie grecque et mena grasse vie à leurs dépens. Le soldat, logé chez l'habitant, recevait de lui une solde de 16 drachmes par jour (40 fois la solde ordinaire), plus un repas pour lui et pour tous ses invités, quel que fût leur nombre; le centurion touchait 50 drachmes et deux vêtements, l'un d'intérieur, l'autre de sortie (3). C'était déjà là une charge journalière de plus de 600,000 francs pour l'Asie, soit, au bout de six mois, 120 millions. Mais ce n'est pas tout. Sylla convoqua à Éphèse, en grande solennité, les notables des cités asiatiques et leur fit connaître les conditions auxquelles Rome, dans sa clémence infinie, consentait à leur faire grâce : il s'agissait de payer, en une fois, les cinq années de tribut arriérées (88-81) , plus une amende collective de 20,000 talents (120 millions), censée représenter les frais de la guerre et de la réorganisation de la province (4). Pour faciliter le recouvrement de cette imposition colossale, la province fut divisée en 14 circonscriptions (5), entre lesquelles la taxe fut répartie au prorata de leurs ressources : cette divi-
(1) Liv., ep. 89 ; Suétone, César j 2.
(2) Appien, Mith. Gl, G3 ; Plut., Pomiy. 24.
(3) Plut., Sylla 25.
(4) Appien, Mith. G2; Plut., Sylla, 25. Appien parle simplement du tribut arriéré et des frais de guerre ; le chiffre de 20.000 talents se trouve chez Plutarque : il est difficile de croire qu'il comprenne à la fois l'arriéré et l'amende. Au triomphe de Sylla figurèrent 15,000 livres d'or et 115,000 d'argent, soit environ 22 millions de notre monnaie (Pline XXXIII, 1 (5), 16).
(5) Cassiodore, Chronujue, ad an. 670 (= 84) : His coss. Asiam in XLIV vegiones Sulla distrihuit. Maintien de cette organisation : Cicéron, Pro Flacco, XIV, 32. Les publicains ne furent rétablis que plus tard : ad Quintum, I, 1, 11 , 33.