DÉTRESSE DES CITÉS ASIATIQUES
sion, conservée par les successeurs de Sylla, resta la base de Forganisation financière de l'Asie.
La taxation directe et la perception de Fimpôt par les fonctionnaires locaux constituaient un progrès sur le régime des publicains, mais Fénormité de l'amende vouait FAsie à la ruine. Les cités, à bout de ressources, furent obligées, pour acquitter les premiers termes de la contribution, de contracter des emprunts usuraires, de mettre en gage leurs théâtres, leurs gymnases, les droits d'octroi et de port (1). Si Fon réfléchit que beaucoup de villes avaient déjà été rançonnées par Mithridate, Fimbria ou les pirates, que les propriétés foncières avaient subi une dépréciation énorme, au point de nécessiter des arrangements spéciaux pour la liquidation des dettes hypothécaires (2) , qu'enfin les garnisaires de Sylla traitaient leurs hôtes avec la dernière brutalité, on se fera quelque idée des sentiments qui accueillirent en Asie la restauration de la domination romaine. Les seules communes exemptées de ces calamités furent celles qui , par leur conduite loyale pendant la guerre, méritèrent de Sylla soit le don de la liberté pure et simple, soit leur inscription ou leur maintien parmi les « amis et alliés du peuple romain » ; de ce nombre furent Ilion, Chios, Magnésie du Sipyle, Laodicée du Lycos, Stratonicée et Tabge de Carie, et, bien entendu, Rhodes et la confédération lycienne ; Ilion fut relevé de ses cendres , Rhodes obtint une extension de territoire ou plutôt de tributaires (Cannes et quelques îlots), qui fut d'ailleurs aussi éphémère que la précédente (3).
Tel fut, pour l'Asie romaine , le résultat de sa grande insurrection : une aggravation sensible de maux et de charges. Quant à Sylla, il trouva dans ce pillage systématique les moyens de refaire son trésor de guerre, de se bâtir une flotte, d'équiper son
(1) Appien, Mith. 63.
(2) Voir la grande loi éphésienne découverte par Wood (Dittexberger, Sylloge, 344).
(3) Appien, Mith. Gl, nomme parmi les cités gratifiées de la liberté Ilion, Chios, la Lycie, Rhodes, Magnésie y.ai xivaç aX>.ouç (pour Ilion, cp. Strabon XIII, 1, 27; pour Magnésie, ■ih. 3, ô ; pour Rhodes, XIV, 2, 3, et Cicéron, ad Quintum, I, 1, 11, 36 ; pour la Lycie, C. I. L. I, 589 = VI, 372 ; pour Chios, C. I. G. 2222). Il faut ajouter certainement Stratonicée (sénatus-consulte de Lagina, à Y Ajjpendice), Tabae (fragment de S. C. dans le Bull. corr. Jiell. XIII, 503, et dédicace capitoline, Babelon, lievne des études grecques , I, 91), Laodicée (C. I. L. I, 581 ; VI, 374), peut-être Éphèse {'ib. I, 588 : VI, 373) et Apollonis (Cic, Pro Floxco, XXIX, 70-71). L'ère de Sylla, très employée en Asie, commence le 23 septembre 85 (et non 84) ; voir KUBIC'EK, Archœologifche Bpigraphische Jfittheihinge7i aus Oesterreich i nffcirn, XIII (1890), 88.