DIMENSIONS ET DIVISIONS DE L'EMPIRE
chaînes de montagnes, ici le Caucase, là le Paryadrès. Ces côtes, peuplées de tribus sauvages et belliqueuses, qui résistèrent pendant de longs siècles à toutes les invitations du commerce et de la civilisation, n'ont jamais été subjuguées par Mithridate. Tout au plus occupait-il le long du rivage les quelques points anciennement colonisés et fortifiés par les Grecs : Pityus et Dioscurias au pied du Caucase, Trébizonde et ses voisines au pied du Paryadrès (1); mais ces points n'étaient pas reliés par une route militaire continue , — à peine en existe-t-il une aujourd'hui , — et dès qu'on s'écartait du bord immédiat de la mer, l'autorité du roi cessait d'être reconnue. Au sud, dans le segment de cercle, d'une curieuse régularité, que délimitent l'Acampsis {Tchorouk) et la rivière de Tripolis {Karchout) , les tribus pillardes persévéraient dans leur vieille barbarie; sujettes de nom peut-être, elles ne l'étaient pas en fait. Elles ne figurent jamais parmi les auxiliaires de Mithridate : après sa dernière défaite, en 66, il devra se frayer un chemin par la force depuis les sources de l'Euphrate jusqu'à l'embouchure du Phase. De même, au nord, les farouches pirates Achéens , Zyges , Hénioques , Cercètes , logés dans les petites vallées maritimes et dans les défilés boisés du Caucase , ne permettront jamais à Mithridate d'établir, à travers leur territoire, une communication permanente entre ses possessions du Phase et celles du Bosphore cimmérien : en 80, ils lui détruisent une armée; en 65, ils disputent ou marchandent le passage à la poignée de fidèles qui escorte le roi vaincu et fugitif (2).
Même abstraction faite de ces territoires absolument indépendants, les différentes parties qui composaient la monarchie pontique étaient très inégalement soumises. Seules les provinces situées au sud de l'Euxin témoignèrent au roi un attachement inébranlable, dans la bonne comme dans la mauvaise fortune. A cet égard il n'y avait pas de différence entre les bourgeois grecs ou grécisés des villes, les Cappadociens de la plaine, les Paphla-
y ajoutait la Palus-Méotide (9,000 stades de tour suivant Strabon, Arrien, etc., 8,000 suivant Polybe IV, 40).
(1) Il est remarquable que Trébizonde ne soit jamais mentionnée pendant les guerres de Mithridate.
(2) En 73, au commencement de la dernière guerre contre les Romains, Appien {Mith. 69) cite bien les Achéens et les Hénioques parmi les auxiliaires de Mithridate , mais toute cette cnumération est suspecte , et ce détail est en contradiction avec Tattitude des Achéens en 80 et en Gô. Voir supra, p. 76-77.