‹ Mithridate Eupator, roi de PontChapitre 174 sur 417 · PEUPLES INSOUMIS OU IMPARFAITEMENT SOUMIS · texte numérisé non relu

PEUPLES INSOUMIS OU IMPARFAITEMENT SOUMIS

goniens de la montagne; il n y en avait pas même entre les sujets héréditaires et les populations pacifiquement annexées au d('but du règne, Chalybes, Tibarènes, Micro-Arméniens. A défaut d'unité de race et de sentiment national , on rencontrait ici dans toutes les classes et chez toutes les parties de la population un « loyalisme » dynastique profond (1); ce loyalisme ne puisait pas seulement sa source, comme Font dit les historiens romains, dans « un respect inné pour la royauté » et dans le prestige personnel du souverain : il y entrait encore la conscience très nette de la solidarité qui unissait les peuples groupés autour de la porte nord-est de l'Asie Mineure.

On aurait cherché vainement de pareils sentiments dans les provinces de l'est et du nord , la Colchide et le royaume bosporan. Les nombreuses tribus barbares qui faisaient ici le fond de la population, soumises pour la plupart de force, frémissaient sous le joug; naturellement légères et versatiles, elles auraient eu besoin, pour s'attacher à leur nouveau maître, de le voir fréquemment parmi elles. Il en était de même de la démocratie remuante, ionienne de race, qui peuplait les villes bosporanes. Mithridate, occupé chez lui ou guerroyant au dehors, fut obligé de se faire représenter, auprès de ces sujets éloignés, soit par un satrape, soit par un vice-roi, ordinairement un prince du sang. De là, nouveau danger : si le représentant du roi était impopulaire, les naturels se révoltaient contre lui ; s'il savait se faire aimer, ils se révoltaient pour lui. Aussi Mithridate passa-t-il une grande partie de son règne à comprimer les rébellions incessantes de ces deux belles provinces si nécessaires à ses finances et à ses armées : ce furent plutôt des possessions coloniales, des terres d'exploitation d'un bon rapport et d'une sécurité douteuse, que des parties intégrantes de la monarchie. Voilà pourquoi le nom de <.< royaume de Pont » , inventé pour désigner l'ensemble des États de Mithridate, finit par se restreindre, dans l'usage, aux provinces situées au sud de TEuxin, qui formaient la partie la plus ancienne, la plus compacte et la plus solide de la monarchie. Voilà pourquoi aussi , dans ce tableau de l'état économique et moral de l'empire

(1) Dion Cassius XXXVI, 11 : ot yàp àv6pw7:oi è/.eivou euvoiav (er/ov) ex ts toOô [xocpuloM xal £x TT); uatpioy [iadiXei'a;. Cp. Salluste, fr. V, 1, Kritz : adeo illis ingenita est sanditas regii nominis.

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