ROYAUME BOSPORAN. PRODUITS AGRICOLES
mithridatique , au lieu de procéder, comme pour un pays homogène, suivant Tordre des matières, nous devons étudier séparément les « trois tronçons », qui, sauf, pour la guerre et les relations commerciales, vivaient d'une existence absolument distincte.
Au nord du Pont-Euxin, Mithridate possédait, outre le royaume bosporan proprement dit, c'est-à-dire les deux rives du Bosphore cimmérien, toute la péninsule de Crimée et la rive asiatique de la Palus-Méotide; au delà de Tisthme de Pérékop, il avait des amis, des alliés, des mercenaires, mais point de sujets ni même de vassaux. Ces territoires, dont la population actuelle n'atteint pas 300,000 habitants, étaient alors beaucoup plus peuplés : en 64, Mithridate put y lever une armée de 36,000 hommes, sans compter les contingents irréguliers ; cela suppose une population de 2 à 3 millions d'âmes.
La Crimée ancienne n'était pas seulement plus densement peuplée que la Crimée moderne, elle était aussi plus florissante et mieux cultivée; la raison principale de sa décadence, c'est le déboisement des monts Tauriens et de l'Hylée, qui a tari les sources, desséché le sol et l'atmosphère, gâté, en un mot, le climat (1). Dans l'antiquité, tout l'intérieur de la Crimée, excepté le steppe marécageux vers le golfe Putride, était un vaste champ de blé, où il suffisait de gratter la terre pour qu'elle rendit trente fois la semence (2). Les deux presqu'îles grecques, surtout la Chersonèse Trachée, abondaient en produits agricoles de tout genre. Le blé bosporan, qui avait jadis approvisionné Athènes, était un peu léger de grain (3) , mais il se conservait bien et résistait parfaitement au transport. A côté des céréales, on cultivait aussi diverses espèces d'arbres fruitiers. Si la vigne avait des grappes exiguës et si, pendant l'hiver, il fallait terrer les ceps (4), en revanche, le grenadier, le figuier poussaient vigoureusement, le poirier et le pommier donnaient des fruits savoureux; chose
(1) Sur l'humidité de la Scythie poutique dans l'antiquité, voir Hippocrate, De aere, etc., c. 96-97 ; Hérodote IV, 28. Sur les forêts : Théophraste IV, 6 (Chersonèse Trachée) ; Hérodote IV, 18 (Hylée), et les textes du moyen âge réunis par Neumann. Die Ilellenen im Shjthenlande , p. 82 suiv.
(2) Strabon VII, 4,0.
(3) Théophraste, Ilist. plant. VIII, 4, 5.
(4) Strabon VII, 3, 18; II, 1, 15. Sur les vins de Chersonèse cf. C. I. G. 2097.