BÉTAIL, GIBIER, PÊCHERIES
singulière, on chercha à plusieurs reprises, et naturellement sans succès, à acclimater, pour les besoins du culte, le myrte et le laurier; les conifères ne réussissaient pas davantage (1).
L'élève du bétail n'avait qu'une importance secondaire : le bœuf venait sans cornes, ou il fallait les lui limer de peur que le froid ne les endommageât; l'àne ne résistait pas aux hivers rigoureux. Le mouton était de grande taille (2), le cheval petit, mais vif et si plein de feu qu'on ne pouvait l'employer entier (3). La chasse et la pêche complétaient les ressources alimentaires du pays. Le gibier, aujourd'hui très rare, abondait : dans la plaine, l'onagre et le chevreuil; dans les marais, le cerf et le sanglier. Un animal singulier, actuellement disparu, était le colos. « Pour la taille, ditStrabon, il tient le milieu entre le bélier et le cerf; son pelage est blanc et il est très rapide à la course. Quand il s'abreuve, il renilïe avec ses naseaux des provisions de liquide qu'il tient en réserve dans sa boîte crânienne, ce qui lui permet de subsister pendant longtemps dans le steppe dépourvu d'eau (4). » La Palus-Méotide et les lleuves qui s'y jettent sur la côte d'Asie, notamment les deux Rhombitès, étaient le théâtre de pêcheries, qui formaient, avec l'exploitation des marais salants, l'objet d'une industrie lucrative : les « salaisons méotiennes » avaient fait autrefois les délices d'Athènes. A l'approche de l'hiver, le poisson émigrait vers le sud, mais quelquefois il se laissait surprendre par les frimas; alors les pêcheurs de Panticapée crevaient la glace et en retiraient des esturgeons, gros comme des dauphins (5).
Le territoire bosporan nourrissait une population extrêmement bigarrée (6). La population indigène comprenait trois groupes : Tauriens et Scythes en Crimée, Méotiens en Asie, qui différaient
(1) Pline XVI, 32, 137. Mais la mention du nom de Mitliridate dans ce passage est suspecte, car il est entièrement extrait de Théophraste, Hist. plant. IV, 6, 3.
(2) Strabon VII, 3, 18.
(3) Strabon VII, 4, 8.
(4) Strabon VII, 4, 8. Quelques-uns pensent que le colos représente l'antilope saïga. (Neumann, oji. cit. p. 27G.)
(5) Strabon VII, 4, G; XI, 2, 4 (salaisons) ; 3, 18 (poissons glacés). Sur les pêcheries du Bosphore, voir, Koehler, Tàptyo;, dans les Mémoires de l'Acad. de Saint-Pétersbourg, 1832; série VI, 1, 347-41).
(6) Voir les noms paphlagoniens et cappadociens dans les inscriptions bosporanes de cette époque et du commencement de Tempire ; par exemple OOc , 'ATcoTYjç, etc. (^Revue des études grecques, II, 94.)