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POPULATIONS DU BOSPHORE : TAURIENS, SCYTHES

tous par la race comme par les mœm's. Au moment de la conquête mithridatique, on se souvient que les Tauriens s'adonnaient surtout au brigandage et à la piraterie; les Grecs décrivaient avec effroi leurs coutumes inhospitalières : peut-être n'avaient-ils pas encore renoncé au culte sanguinaire de leur déesse , appelée par les Grecs Tauro ou Artémis Orsiloché , et devenue , sous une forme humanisée, la Vierge de Chersonèse (1). Les victoires de Diophante mirent fm, une fois pour toutes, aux rapines de ces barbares ; avec le temps leurs mœurs s'adoucirent et ils se confondirent peu à peu avec leurs voisins scythes (2).

Les Scythes de la Chersonèse avaient échangé depuis longtemps la vie nomade de leurs frères d'au delà l'isthme pour les occupations agricoles, qui leur valurent le nom de Scythes laboureurs (3). Les vases du Bosphore nous font connaître leur aspect physique, — des corps trapus, des barbes épaisses et de longs cheveux blonds (4). Leur accoutrement se composait d'une blouse serrée à la taille et d'un pantalon qui entrait dans les bottes; leur armement, de llèches et d'un arc scythique à double courbure. Nous sommes moins bien renseignés sur leurs croyances : il est probable qu'ils avaient conservé le polythéisme décrit par Hérodote (5). Quant à la simplicité primitive de leurs mœurs, elle avait dû s'altérer de plus en plus au contact des Grecs du Bosphore. Les m^onnaies et les inscriptions grecques de leur avant-dernier roi , Scilur, témoignent des progrès qu'avaient faits parmi eux la langue hellénique et l'instinct du commerce; le

(1) Le nom Orsiloché est donné par Ammien Marcellin XXII, 8, 34. Strabon VII, 4, 2, insinue l'identité de la déesse des Tauriens et de celle de Chersonèse.

(2) De là une nation hybride de Scytho-Taures, mentionnée par Pline IV, 85,

(3) Strabon VII, 4, 6.

(4) Voir surtout, dans les Antiquités du Bosphore Cimmérien, les planches XXII, 10 et XXXIII (vase et bijou du tumulus de Koul Oba), et dans les Comptes rendus de la commission archéologique russe (année 18G3) le vase de Nicopol. Ces figures ne sont guère d'accord avec le célèbre portrait d'Hippocrate {De aere, aqua et locis , c. 91-113), particulièrement en ce qui touche l'absence de poil et de barbe, la coloration jaune de la peau et rc( aspect d'eunuques » signalés par le médecin grec. Aristote , De anim. générât. V, 3, appelle les Scythes (xaXa/.OTpijreç.

(5) Hérodote IV, 59. Les noms de divinités transmises par lui sont Tahiti (Vesta), Papaios (Zeus), Apia (Grê), Oitosuros (Apollon; cf. C. 1. G. 6013, Rome : Osa SeXrivr] GlToaxûpqc xai 'ATi6ll(àvi Olxocrxupq) IMîôoa...), Artimpasa (Aphrodite Uranie), Tamimasadas (Poséidon), Dans l'inscription bosporane de Comosaryé {Antiquités du Bosphore Cimmérien, no 5) la reine invoque le couple Samrgès et Astara, qui paraissent bien être des divinités scythiques ou méotiennes.

MÉOTIENS.

goût urbain naissait; ils s'étaient bâti des fortins dont quelquesuns furent décorés du nom de villes. Ajoutons que Tivrognerie débilitait et menait à la ruine une race déjà peu prolifique par elle-même.

Vis-à-vis de la Crimée, échelonnées le long de la rive asiatique de la mer d'Azov, entre le Don et le Kouban, vivaient les nombreuses tribus réunies sous l'appellation commune de Méotiens. Celles du nord, encore tout à fait barbares, ne subsistaient guère que du produit de la pêche; vers le sud, l'intluence civilisatrice des Grecs du Bosphore s'était fait sentir et le pays passait pour bien cultivé; mais toutes les peuplades conservaient des habitudes belliqueuses. Les Agariens étaient réputés pour leurs talents médicaux : ils guérissaient, parait-il, les blessures avec du fiel de serpent (1). Des autres tribus, nous ne connaissons que les noms; ce sont, en commençant parle sud, les Aspurgiens, entre Gorgippia et Phanagorie, les Sindes, sur la rive gauche de l'Hypanis, les Dandariens, puis les Torètes, les Agrès (peut-être identiques aux Agariens), les Arrèques, Tarpètes, Obidiacènes, Sittacènes et Dosques. Aux noms donnés par Strabon (2), il faut ajouter les Thates et les Psèses, qui figurent sur les inscriptions bosporanes et demeuraient peut-être sur la rive nord de la mer d'Azov (3). Chaque tribu avait son dynaste particulier, mais tous les dynastes reconnaissaient, en principe, la suzeraineté de Mithridate, héritier des rois du Bosphore et des archontes de Tanaïs (4) ; c'étaient d'ailleurs des vassaux assez indociles. En temps de guerre, ces brillants cavaliers, soldats braves mais d'une fidélité équivoque, formaient autour du « roi des rois » un état-major turbulent, sans cesse agité par des rivalités puériles et des querelles de préséance (5). De véritable civilisation, il n'y en avait que dans les villes grec- Ci) Appien, Mith. 88.

(2) Strabon XI, 2, 11.

(3) 0aTéwv : Antiquités du Bosphore, n'^ 5 (réditeur propose OaTeptov = twv ÉTe'pojv?): C. I. Gr. 2118, 2119. W-f\aGiv : Comptes rendus, 1866, p. 128, 1. Cette inscription du roi Aspurgos (commencement de l'ère chrétienne) donne une liste assez complète : padiXsuovxa xavToç Bo(77i6pou , Oeoooaîr,; , xai i^îvotov -/ac Maïtcov (Strabon : MaiwTwv) xat TapTieirtov (Strabon : TapTiYÎTsç) xai Topsiwv (Strabon : Topsaiat), U^V,(Jo)v xe xai TavasiTôiv, \jko- Tfx^avTa 2y.u6a; xai Taùpou;.

(4) Appien, Mith. 15; Strabon, XI, 2, 11.

(5) Voir notamment l'histoire d'Olthac, prince des Dandariens, et de son rival Sobadoc, Plutarque, Ltic. 16.

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