VILLES GRECQUES; CIVILISATION GÉNÉRALE
ques. Sous le protectorat de Mithridate, Chersonèse héracléotique et les ports à blé de la Chersonèse Trachée, Panticapée, Théodosie, Nymphéon avaient repris leur ancienne prospérité. Le port de Théodosie pouvait contenir cent navires; Panticapée, la capitale , couvrait de ses maisons une colline de 20 stades de circuit, — le mont Mithridate d'aujourd'hui; elle avait une citadelle, un arsenal pour trente vaisseaux; son port concentrait tout le commerce d'importation venant du Pont (1). Vis-à-vis, Phanagorie, avec son célèbre temple d'Aphrodite Apatouria, servait de marché aux tribus Méotiennes et à leurs voisins orientaux (2). Tout au nord, à l'embouchure du Don, sur un emplacement actuellement situé à 10 kilomètres du rivage, s'élevait la ville de Tanaïs, où les nomades d'Asie et d'Europe échangeaient leurs esclaves et leurs pelleteries contre le vin de Rhodes, les vêtements et les autres produits de la civilisation que leur débitaient les marchands bosporans (3). Tanaïs était aussi le point d'aboutissement d'une importante voie de transit entre la Caspienne et la mer Noire, par où les caravanes des Aorses et des Siraques transportaient, à dos de chameaux, les marchandises de l'Inde.
Dans le royaume bosporan, la culture des esprits ne paraît pas avoir marché de pair avec le développement matériel. Il n'est pour ainsi dire jamais question d'artistes ni de littérateurs bosporans; on ne cite ni monuments ni écoles célèbres. Cependant l'orfèvrerie locale, au v^ et au iv^ siècle, sous l'influence des Athéniens, avait produit de magnifiques ouvrages, que nous a révélés surtout le tumulus de Koul-Oba; mais au P"" siècle il subsistait peu de chose de ces glorieuses traditions, et les monnaies de cette époque sont d'un travail hàtif et médiocre , qui annonce la décadence complète de l'art au siècle suivant. La cause principale de ce déclin intellectuel ne serait-elle pas l'altération progressive de la race hellénique, où les mariages mixtes introduisaient des éléments étrangers , Scythes , Sarmates et autres , en nombre toujours croissant? La religion hellénique, dans ces contrées éloignées , parait avoir subi également dans une trop large mesure
(1) Strabon VII, 4, 4.
(2) Strabon XII, 2, 10.
(3) Strabon XI, 2, 3. L'importation du vin de Rhodes est attestée par les anses d'ampliores de Tanaïs, Antiquités du Bosphore Cimmérien, n^s 79 suiv.
COLCHlDE; CLIMAT ET PRODUCTIONS.
rinfluence des cultes barbares. La conquête mithriclatique, tout en sauvant Thellénisme bosporan d'une destruction immédiate, ne le préserva nullement de ces infiltrations qui en corrompaient lentement la substance ; au contraire, aux éléments étrangers déjà existants dans le pays, elle en ajouta d'autres, en amenant des immigrants cappadociens, paphlagoniens, juifs peut-être; on a même voulu dater de cette époque le commencement d'une réaction orientale, qui se trahit dans les monuments de l'art liguré (I).
Le Bosphore avait dans l'empire de Mithridate le rang de viceroyauté; la Colchide ne formait qu'une satrapie. Les limites de cette province coïncidaient à peu près avec celles du gouvernement actuel de Koutaïs; son cœur était la vallée du Phase {Rion) : belle plaine parcourue par un lleuve court, mais puissant, navigable presque au sortir de la montagne, et qui le restait jusqu'à son embouchure travailleuse et gênée (2). Quelques-uns des affluents du Phase et des moindres torrents de la côte roulaient des paillettes d'or, qui valurent à la Colchide, dans les temps héroïques de la navigation milésienne, une réputation d'Eldorado, d'ailleurs peu fondée (3). Mais comme beaucoup d'Eldorados anciens et modernes, la Colchide offrit aux colons, à défaut des trésors qu'ils cherchaient, des bénéfices agricoles et commerciaux qui les dédommagèrent de leurs efforts et les consolèrent de leurs déceptions.
Le climat de la Colchide est humide et fiévreux vers la côte, toute bordée de marais salants, et dans l'ancien golfe comblé par les alluvions du Phase (4); l'intérieur est tempéré et salubre. Toute la vallée du Phase était bien cultivée, et les contreforts des monts Moschiques, qui la bordent au sud, se revêtaient de champs de blé et de vignobles (5). La flore éclatante et variée
(1) Cp. Wladimir Stassoff, dans les Comptes rendus de la commission archéologique russe pour 1872, p. 326 siiiv.
(2) Actuellement le Phase cesse d'être navigable 50 kilomètres avant son embouchure. (Reclus VI, 164.)
(3) Strabon XI, 2, 19. Les barbares recueillaient les précieuses paillettes dans des cribles en osier (? çaivai; -/aTaTETprjixÉvatc) et des toisons laineuses; d'où, d'après Appien (^Mith. 103), le mythe de la toison d'or.
(4) Strabon XI, 5, G.
(ô) Strabon XI, 2, 17. La vigr.e paraît être autochtone en Colchide.