‹ Mithridate Eupator, roi de PontChapitre 179 sur 417 · POPULATIONS DE LA COLCHIDE · texte numérisé non relu

POPULATIONS DE LA COLCHIDE

nourrissait d'innombrables essaims d'abeilles; mais si la cire de la Colclîide était estimée, son miel passait pour amer. On cultivait le lin et le chanvre dans les marécages, vers l'embouchure du Phase ; d'opulentes forêts montaient sur les épaules du Caucase. C'est de là que Mithridate tirait la résine, la poix et les meilleurs matériaux de construction pour sa flotte : les radeaux chargés de bois descendaient le Phase; sur les autres rivières, les troncs coupés llottaient à bûches perdues.

Le nom de Colques ne parait avoir désigné proprement que les industrieux castors de la plaine du Phase, antique race, dont les premiers auteurs grecs signalent le teint terreux, les cheveux crépus, les membres enflés, la voix rauque. Beaucoup d'entre eux vivaient sur des pilotis, au milieu des marécages de la côte; ils pratiquaient la circoncision , et adoraient une déesse qu'on représentait assise, un tambourin à la main, sur un trône supporté par des lions. Leur principale industrie consistait dans la culture et la filature du lin; ils exportaient même leurs tissus. Il n'en fallait pas davantage aux archéologues à la façon d'Hérodote pour en faire des colons égyptiens, les survivants d'une armée de Sésostris (1).

Outre ces Colques proprement dits, on trouvait en Colchide trois autres groupes d'habitants.

Dans les collines du sud vivaient les Mosques , débris de l'ancien peuple de Mesheq, désormais morcelé entre l'Arménie, la Colchide et l'Ibérie. Ils avaient conservé quelques vestiges de civilisation , notamment un temple célèbre par ses richesses et son oracle, où il était défendu d'immoler des béliers : les Grecs y reconnaissaient un sanctuaire de Leucothoé, bâti par Phrixos (2).

Sur l'autre rive du Phase, au pied du Caucase et dans les hautes vallées tracées par ses contreforts, vivaient, séparées les unes des autres, une infinité de tribus, d'origine sarmatique pour la plupart. Beaucoup de ces montagnards étaient célèbres pour leur beauté; ils avaient fourni jadis de nombreuses recrues aux harems des Achéménides. L'isolement différencie les dialectes :

(1) Pindare, rjthujues, IV, 378; Hérodote II, 104-5, De aere, etc., c 22; Diodore I, 28; Denys le Périégète, v. 689. Pour la statue de la Rhéa colque qu'on voyait à gauche en entrant dans l'estuaire du Phase, Arrien, Perip. 11. — Pour le lin, cp. Uxger, Wiener Sitzuiic/sberichte, XXXVIII, 130, qui considère cette plante comme originaire de la Colchide. — Les pilotis signalés par Hippocrate sont encore en usage à Poti. (Reclus VI, 184.)

(2) Strabon X, 12, 17-18.

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