‹ Mithridate Eupator, roi de PontChapitre 180 sur 417 · COMMERCE DE LA COLCHIDE · texte numérisé non relu

COMMERCE DE LA COLCHIDE

on n'entendait parler pas moins de soixante-dix langues au marché de Dioscurias, où les gens de la montagne venaient s'approvisionner de sel. Parmi ces peuplades, Strabon ne mentionne nommément que les « Plitirophages » ou mangeurs de vermine, — ainsi appelés à cause de leurs habitudes sordides, — et les Suanes, la plus puissante de toutes les tribus, qui exerçait sur les autres une sorte de suprématie. Les Suanes avaient un roi, un sénat de 300 membres , et pouvaient mettre sur pied 200,000 hommes; encore aujourd'lmi leurs descendants, qui ont conservé le nom antique, peuplent la vallée du haut Ingour et les gorges sublimes du Caucase. Quant aux Lazes et aux Sanèges, les deux tribus les plus puissantes au siècle suivant, elles n'étaient pas encore descendues de la Ciscaucasie au temps de Strabon, à plus forte raison au temps de Mithridate. Leur migration, qui entraîna de profonds changements ethniques sur toute cette côte et effaça de la carte le nom des Colques, dut avoir lieu entre le règne d'Auguste et celui de Néron (1).

Enfin le troisième groupe de la population de la Colchide était constitué par les Grecs de race ionienne, qui avaient fondé sur la côte les colonies de Dioscurias et de Phasis : la première, grand marché des peuplades caucasiques; la seconde, bâtie à l'embouchure du Phase, entre le fleuve, un lac et la mer, à la fois le port expéditeur des produits de la Colchide et le terminus d'une des voies du commerce indien (2). La Colchide, en effet, située au fond de la mer Noire , était l'issue par où les produits de l'extrême Orient pouvaient arriver le plus vite et à meilleur marché dans le bassin de la Méditerranée. Transportées par l'Oxus jus-

(1) Strabon XI, 2, 16-19. D'après certains aitteurs, que Strabon qualifie de hâbleurs, on aurait parlé même trois cents langues à Dioscurias : on voit par Pline VI, 5, 15, que ce chiffre était donné par Timosthène. Les Plitirophages s'appelaient Sales d'après Pline VI, 4, 14. Les Lazes sont mentionnés pour la première fois (du moins chez un auteur de date certaine) par Pline VI, 4, 12; les Sanèges par Arrien, Perlp. 15. A cette époque les Sanèges habitent autour de Dioscurias où Strabon place les Suanes; les Lazes, autour du Phase. Depuis Trébizonde jusqu'à Dioscurias, les tribus, d'après Ai-rien, se succèdent dans Tordre suivant : Tzanes, Machelons, Hénioques (ils sont donc descendus du pied du Caucase où les place Strabon), Zydrites, Lazes, Apsiles, Abasges, Sanèges. On voit quels changements profonds ont dû se produire, et il n'y a dès lors aucune raison d'identifier les Lazes aux Colques comme le fait Suidas, s. v. Ao[j(.STtavô;. Si Memnon, c. 54, nomme les Lazes et les Sanèges au temps de Mithridate, c'est un anachronisme qui sert à fixer la date de l'auteur, mais qui ne prouve rien contre l'exactitude de Strabon.

(2) Strabon XI, 2, 14; IG : 17.

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