PÊCHERIES. INDUSTRIES EXTRACTIVES
des grandes industries nationales. Grâce à la faible teneur saline de ses eaux (17 millièmes) ainsi qu'à l'absence presque complète d'espèces voraces, — quelques petits dauphins seulement, dont la graisse tenait lieu d'huile, le long de la côte du Paryadrès — le Pont-Euxin attire les bandes de poissons voyageurs de la Méditerranée qui viennent au printemps y déposer leur frai ; les uns s'arrêtent dans la Propontide, les autres poussent jusqu'au fond de l'Euxin et même de la Palus Méotide. A l'aller et au retour des parents, ou quand les jeunes, devenus adultes, redescendaient vers la Méditerranée, les pêcheurs grecs les guettaient au passage. De véritables armées de thons, d'cnnias (bonitons) et de pélamydes, fuyant devant les dauphins, venaient s'engouffrer d'abord dans les filets de Trébizonde et de Pharnacie , puis dans ceux de Sinope et d'Amastris ; les derniers bataillons s'échouaient dans la Corne d'Or de Byzance et à Cyzique. Une partie de la capture se consommait sur place, principalement sur la côte du Paryadrès où les habitants n'avaient guère d'autre nourriture; le reste était salé et expédié vers les marchés de l'occident : à Rome, un baril de salaison pontique se vendait 300 drachmes. Sinope était le principal centre de cette industrie; l'on y conservait les pélamydes dans d'énormes viviers où elles venaient à maturité (1).
Les travaux agricoles , la chasse et la pêche n'absorbaient pas toute l'activité nationale; beaucoup d'habitants s'adonnaient à l'industrie extractive, qui trouvait dans les montagnes du pays une matière inépuisable. Les marbres, les calcaires variés du Paryadrès servaient à la construction des palais de Mithridate et des splendides cités du littoral. Les vases d'onyx, qui remplissaient les garde-meubles de la couronne, avaient peut-être la même provenance (2). Sur les bords du Halys, notamment dans le district de Ximene, on récoltait le sel gemme; sur ceux du Lycos, l'alun (3). Près de la côte paphlagonienne, il y avait
(1) Sur ces pêcheries et les migrations des thons : Aristote, Bht. anîm. VIII, 14, 13: Strabon VII, G, 2 j XII, 3, 11 et 19 ; Pline IX, 15, 47-52 (copie Aristote) ; Élien IV, 9 ; IX, 59; XV, 3, 5 et 10. Prix des salaisons à Rome : Diodore, fr. XXXVII, 3, 5; Polybe XXXI 5 26. Diodore donne le chiffre de 400, Polybe 300 ; peut-être s'agit-il des salaisons bosporanes. Sur les prétendus poissons fossiles en Paphlagonie : Eudoxe chez Strabon XII, 3, 42.
(2) Sur les 2,000 coupes d'onyx de Talaura. voir Appien, Mith. 115. Hamilton signale dans le Paryadrès l'agate, la cornaline, le jaspe ondulé; il ne parle pas de l'onyx et Pline ne connaît pas l'onyx du Pont.
(3) Sel gemme : Strabon XII, 3, 39.