ARTICLES ET IMPORTANCE DU COMMERCE PONTIQUE
intérieur, les denrées, tant indigènes qu'exotiques, s'acheminaient vers les ports de la côte , notamment vers Amisos et Sinope ; puis les flottes de commerce de ces villes, ou les navires étrangers en quête d'un fret de retour, les emportaient vers les pays de la Méditerranée.
Les principaux articles d'exportation , en dehors des marchandises exotiques, étaient les métaux du Paryadrès, le poisson salé, les bois de construction et de tabletterie, les produits pharmaceutiques, les esclaves et les chevaux de la Cappadoce, le cinabre ou terre sinopique, produit cappadocien, mais qui avait pris le nom du port d'embarquement, Sinope (1). On importait les produits fabriqués de la Grèce, les vins, l'huile, la poterie artistique, et souvent du blé. A défaut de chiffres précis, l'importance capitale de ce trafic est suffisamment démontrée par les richesses que les villes pontiques avaient accumulées dans leurs murailles et par la perturbation profonde qu'amenait dans . les relations économiques du monde ancien la fermeture même momentanée du Bosphore de Thrace , autrement dit le blocus des ports de la mer Noire. En 183, les Rhodiens, quoique brouillés avec Pharnace, protestèrent contre cette mesure prise par ses ennemis (2) ; en 88 , elle devint une des causes déterminantes de la rupture entre Rome et Mithridate (3). Tout un côté de la politique des rois de Pont s'éclaire par leur sollicitude pour un commerce qui enrichissait leurs sujets en même temps qu'euxmêmes. C'est la politique commerciale qui explique les coquetteries des Mithridate avec Rhodes, Délos, Athènes; même les premières conquêtes d'Eupator, entreprises à l'instigation d'un Grec de Sinope, eurent pour objectif véritable d'ouvrir de nouveaux débouchés au commerce des villes pontiques.
Après avoir passé en revue les diverses branches du travail national, il nous reste à esquisser un tableau de la civilisation sur le sol du Pont. Ici chacune des nombreuses races qui se parta-
(1) Plus tard ce commerce, ainsi que celui de la Cappadoce en général, fut détourné vers Ephèse : Strabon XII, 2, 10. Sur la substance appelée terre sinopique, qui constituait l'une des quatre couleurs fondamentales de la peinture antique, cf. Pline XXXV, 6 ; Théophraste, De lapidïbus , 8, 52. — Sur le commerce de l'Euxin en général, et sur celui des esclaves en particulier, Polybe IV, 38.
(2) Polybe, fr. XXVII, 6, 5.
(3) Appien, Mith. 12. 14.