CARACTÈRE DES CAPPADOCIENS; LEURS BOURGADES
et qu'ils comprenaient le grec (1) ; mais les auteurs qui n'avaient pas les mêmes raisons de les ménager raillaient leurs superstitions grossières et leurs festins bruyants, où les tètes, couronnées de vigne sauvage, s'échauffaient vite, au feu des chansons et des rasades (2). Le brigandage était endémique dans le pays, les attentats contre les personnes fréquents (3).
Le Cappadocien passait pour un cultivateur diligent, sobre et patient. Il n'avait point de villes; la population vivait groupée dans des villages extrêmement nombreux : ainsi un district voisin d'Amasie s'appelait le « pays des mille villages » {Chiliocomon) (4), et dans une seule razzia au delà du Halys, Muréna en détruisit 500 (5). Quelques-unes de ces agglomérations, formées autour d'un rocher servant d'acropole (Cabira, Amasie), ou d'un sanctuaire vénéré dont la religion protégeait les foires et les colons (Zéla, Comana), avaient pris, à la longue, une certaine importance; mais les bourgades cappadociennes , même les plus riches et les plus peuplées , comme la « Corinthe du Pont » , Comana, n'étaient toujours pas des villes dans le sens grec du mot, puisqu'il leur manquait une enceinte fortifiée et des franchises politiques (G). Toutefois, à mesure que l'influence et l'élément helléniques pénétrèrent dans l'intérieur du pays, la bourgade cappadocienne se rapprocha de plus en plus du type de la cité grecque. Cabira, Amasie étaient fortifiées dès l'époque de Mithridate, puisqu'elles soutinrent l'une et l'autre un long siège lors de l'invasion romaine.
Pauvre en villes et en grosses bourgades, la Cappadoce pontique , comme sa voisine du sud , était parsemée de châteaux forts isolés, d'ordinaire haut perchés et bien pourvus d'eau (7). Les
£•/ ôou).£ta; xat yer/Tioviaç (juvidratat. Lucien, Alex. 17, appelle Tiaj^etç xaî aTiaiosuToi les Paphlagoniens et les Pontiques in f/enere.
(1) Strabon XII, 3, 31. Cf. Marcien d'Héraclée, c. 9. Au contraire Alciphron, Ep. II, 2. 5, et Julien, Ep. III, 2, considèrent le Cappadocien comme le type du barbare.
(2) Pline XXVII, 4, 28. Au lieu de vigne, il s'agit peut-être de l'herbe Amhroda (alias botrys, artémisia) dont les graines avaient une odeur vineuse. — Sur les superstitions rurales, voir Pline XXVIII, 23 = Métrodore de Scepsis, fr. 5 Millier.
(3) Justinien, Noveîle 30; Talmud de Jérusalem, tr. Jebamoth, c. 4 et 6 ; Talmud de Babylone, même traité, f*' 25 b.
(4) Strabon XII, 3, 39.
(5) Appien, 3litJi. 65.
(6) Appien, 3fitJi. 54, appelle Comana une bourgade (xwfxy]). ;
(7) Strabon XIII, 1, 66. jl