NATURE ET ORIGINE DE LA DÉESSE DE COMANA
la santé (1). Cette légende qui, sous cette forme développée, se lit pour la première fois dans Procope, est en contradiction manifeste avec le témoignage de Strabon suivant lequel le sanctuaire cataonien serait le plus ancien des deux. Le plus singulier c'est que les deux Comana n'étaient pas seules en Cappadoce à invoquer le souvenir d'Oreste : à Castabala, au pied du Taurus, existait un temple d'Artémis Pcrasia, c'est-à-dire, d'après l'explication courante, Artémis d'au delà les mers. Le culte y était encore plus frénétique qu'à Comana : les prêtresses, dans leur extase, marchaient, pieds nus, sur des charbons ardents; la légende locale attribuait la fondation du sanctuaire à Oreste et à Pylade. Non loin de là, on racontait que le roi des Tauriens, Thoas, ayant poursuivi les fugitifs jusqu'au pied du Taurus, était mort dans la ville de Tyane qui prit d'abord son nom {Thoana). Si récentes qu'on puisse supposer toutes ces légendes, quelque place qu'y tiennent des jeux de mots puérils {Taurus et la Tauride, Thoas et Tyana , Comù , chevelure, et Comana), il n'est pas impossible qu'elles cachent un fond de vérité historique. La grande déesse de Comana, primitivement cataonienne, n'aurait-elle pas été apportée d'Europe par les Cimmériens, dont les Tauriens de la Crimée sont, en toute probabilité, un débris? Le caractère hybride de cette déesse , qui en rendait l'identification si difficile , ne trahirait-il pas la fusion d'une ancienne divinité asiatique, naturaliste et sensuelle, avec la Vierge sanglante et belliqueuse des conquérants venus du nord (2)?
Nous avons décrit les sauvages, les barbares, les demi-civilisés; arrivons enfin aux deux races supérieures, immigrées l'une
(1) D'autres ne faisaient cesser la folie d'Oreste qu'au pied du mont Amanos (de a privatif, (xavia). Etienne de Byzance s. v.
(2) Sur les cultes des deux Comana, les textes les plus importants sont ceux de Strabon XII, 2, 8; 3, 32-36 ; 8, 9. Inscription d'Amasie (rrjç àpxtepeù; K...) : Perrot, Exploration de la Bithynie, p, 372 et pl. 72. Une inscription de Comana pontique (C. I. G. 4769) y mentionne une famille (?) d'Orestiades. Sur le site de Comana, cf. Ramsay, Journal qfphilology, XI, 152. Les monnaies de Comana du Saros représentent la déesse sous les traits d'Artémis {Trois Royaumes, pl. III, 27); celles de Comana pontique (Millingen, Aucient coins, pl. V, 4) l'assimilent à Bellone. Sur la légende sacrée de Castabala : Strabon XII, 2, 7; celle de Tyana : Arrien, Perij). 7; celle de Comana : Strabon, Pausanias III, 16, 8 ; Dion Cassius XXXVI, 13 ; Etym. Mag. s. v.; Damascius dans F. H. G. II, 361; Procope, Pers. I, 17. Les nombreux textes latins et chrétiens relatifs au culte de la Bellone romano-cappadocienne ont été réunis par Tiesler, De Bellonae cultu et sacrls, Berlin 1842; Preller, Rœmische Mythologie, XII, 3, a; ProcKSCH dans le Lexiconà.Q Roscher, s. v, Bellona,