‹ Mithridate Eupator, roi de PontChapitre 200 sur 417 · COMMENCEMENTS DE FUSION ENTRE GRECS ET BARBARES · texte numérisé non relu

COMMENCEMENTS DE FUSION ENTRE GRECS ET BARBARES

la ville qui reçut d'après lui le nom d'Eupatoria (1). Sous son règne, Tancienne capitale du royaume, Amasie, acheva de devenir une ville hellénique : je n'en veux pas d'autre preuve que l'histoire du stratège d'Adramyttion , Diodore, qui, souillé du sang de ses concitoyens, s'était retiré à Amasie, ne put y supporter le mépris public et se laissa mourir de faim (2). La généalogie du géographe Strabon, natif de cette même ville, nous apprend que les mariages mixtes entre Grecs et indigènes furent un des plus puissants facteurs de la transformation morale du pays : parmi les ancêtres du grand écrivain on trouve des Grecs originaires d'Amisos, — les fils de Dorylaos l'ancien, Lagétas et Stratarque, — on trouve aussi un Perse, Moapherne, un Paphlagonien, Tibios. De même, un des généraux de Mithridate s'appelle Diophante, fils de Mitharès : le père a un nom perse, le lils un nom hellénique. Sur le terrain religieux la fusion prochaine des nationalités s'annonce par les tentatives de traduire en grec les noms des divinités indigènes, de les assimiler cà des divinités de l'Olympe : Ma s'appelle Artémis ou Ényo, Ormuzd se déguise en Zeus Stratios; déjà un Grec, Dorylaos le jeune, devient grand prêtre de Comana, sans exciter de scandale. Enfin un dernier indice des progrès notables que l'esprit grec, la langue grecque, avaient accomplis dans le pays, c'est que, sous le règne de Mithridate, plusieurs bourgades cappadociennes de l'intérieur, Comana, Cabira, Gaziura, Pimolisa, Talaura, sans compter Amasie et Laodicée , frappèrent des monnaies de bronze avec des légendes et des types helléniques , empruntés d'ordinaire au mythe de Persée. Dans le choix de ces types, il n'y avait pas seulement une flatterie ingénieuse à l'adresse de la dynastie, mais le symbole expressif d'un grand fait historique : l'union féconde de deux grandes civilisations, le persisme et l'hellénisme, dans une œuvre commune d'éducation morale, union rêvée par Alexandre le Grand, tardivement réalisée, sur un théâtre malheureusement trop restreint, par le mieux doué de ses successeurs.

(1) strabon XII, 3, 30; Appien, Mith. 115.

(2) strabon XIII, 1 , G6.

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