‹ Mithridate Eupator, roi de PontChapitre 201 sur 417 · LE GOUVERNEMENT · texte numérisé non relu

LE GOUVERNEMENT

Moins un État repose sur la base solide d'une longue communauté historique ou d'une véritable unité nationale, plus le gouvernement doit y être fortement constitué. Le Pont était une mosaïque de nations, — on y parlait 22 langues suivant les uns, 25 suivant les autres (2), — et la plupart de ces nations n'étaient jamais sorties d'une barbarie plus ou moins complète. La seule forme de gouvernement qui convînt à un pareil assemblage, c'était la monarchie absolue; les peuples asiatiques n'en ont d'ailleurs jamais connu d'autre. Aussi peut-on définir le gouvernement de Mithridate : un despotisme militaire, tempéré par quelques traditions.

La couronne était héréditaire de mâle en mâle, par ordre de primogéniture. Cette règle ne souffrit qu'une seule exception : c'est celle qui se produisit à la mort de Mithridate Évergète, lorsqu'en A^ertu d'un testament, plus ou moins authentique, le pouvoir royal fut partagé entre la veuve du roi et ses deux fils encore mineurs (3). Quand la polygamie royale eut été introduite officiellement par Mithridate Eupator, le roi se trouva à la tête d'un si grand nombre de fils, dont les mères étaient sol-ties de conditions sociales diverses , qu'il crut pouvoir désigner l'héritier présomptif en s'inspirant des raisons d'affection ou de mérite, sans égard pour les droits de l'âge. C'est ainsi qu'en dernier lieu il

(1) Nos 'informations sur ce chapitre doivent être péniblement glanées à travers Strabon et les historiens. Elles ont été heureusement complétées par la découverte des dédicaces gravées au temple des Cabires à Délos, en l'honneur de Mithridate et de plusieurs de ses ministres, par le grand prêtre Hélianax, fils d'Asclépiodore. Ces inscriptions, trouvées par mon frère, ont été publiées d'abord dans le Bulletin de corresjwndance helléniqiie , VII, 353 suiv. Elles appartiennent incontestablement , comme l'a cru le premier éditeur, aux premières années du règne, vers 100 av. J.-C.

(2) Le premier chiffre est donné par Valère Maxime VIII , 7, ext. 16 ; Quintilien XI , 2, 50; Pline XXV, 2 (= Solin XXIX, 25) ; le second par Aulu-Gelle XVII, 17. Le De Vjris, c. 76^ donne 50.

(3) Strabon X, 4, 10.

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