ARCHERS ET FRONDEURS
probable qu'on renonça alors définitivement à la sarisse macédonienne* et à l'ordonnance massive de la phalange, qui, excellente contre des barbares sans discipline, s'était montrée décidément inférieure à la tactique souple et mobile des légions : Mithridate adopta, du moins pour l'infanterie régulière, l'armement, l'instruction et l'organisation de ses vainqueurs (1).
A côté de cette infanterie de ligne il faut mentionner les gens (le trait : tireurs de javelines, frondeurs, archers. Parfois, comme dans la campagne contre Pompée, où Mithridate n'avait pas d'auxiliaires européens, ces troupes légères constituaient même la majeure partie de son infanterie. Les devins avaient prédit à Mithridate, dans sa jeunesse, qu'il serait puissant un jour par les armes légères (2) : l'événement justifia la prophétie. Les archers à pied, qu'on recrutait surtout dans la Petite Arménie (3), se signalèrent, sur terre comme sur mer, par leur habileté et leur bravoure. Les arcs étaient bien fabriqués et leur portée dépassait 180 mètres (1). A Orchomène, à Nicopolis, ces archers furent héroïques : Sylla appréciait si bien leur mérite que, dans le traité de Dardanos, il stipula que les vaisseaux de guerre, livrés par Mithridate , seraient pourvus de leurs archers. Quant au reste de l'infanterie, si elle eut des journées brillantes, quand elle se sentait protégée par des murailles ou entraînée par un chef aimé, elle était incapable d'un effort prolongé et hors d'état de se mesurer en plaine avec des légions romaines bien commandées; on la voit aussi fort sujette aux brusques paniques et aux découragements superstitieux des races orientales.
C'est dans la cavalerie que résidait la force principale des armées de Mithridate. Nous avons déjà vu l'importance relative de ses effectifs; ici la qualité valait la quantité, surtout lorsque la remonte eut été améliorée dans l'intervalle des deux guerres contre Rome. La cavalerie se tirait de toutes les parties de la monarchie, mais surtout de la Petite Arménie et des nations barbares entre Danube et Tanaïs qui passaient leur vie à cheval. Ses armes étaient la lance et l'épée ; les Scythes et les Sarmates se servaient, en outre, de l'arc, et portaient une armure défensive
(1) Appien, Mith. 108.
('2) Plut,, Quœst. conviv. I, G, 2.
(iî) Archers de la Petite Arménie : Totius orhis descriptioj 43 (Geog. min. II, 522). (4) Strabon XIV, 1, 23.