‹ Mithridate Eupator, roi de PontChapitre 231 sur 417 · CARACTÈRE MORAL DE MITIIRIDATE · texte numérisé non relu

CARACTÈRE MORAL DE MITIIRIDATE

répétés qui menacèrent sa vie, l'ont rendu méfiant, vindicatif et cruel. Comme presque tous les despotes orientaux, il joue avec la vie et le sang de ses sujets : le poignard et le poison sont les armes favorites de sa politique, le mensonge et la fourberie ne lui coûtent pas davantage. Il est le bourreau de sa famille et de sa noblesse : il tue de sa propre main son neveu Ariarathe, il fait tuer Socrate le Bithynien après s'être servi de lui , il aposte des assassins contre Nicomède Philopator, peut-être contre Lucullus (1). Les vêpres éphésiennes, la déportation des Chiotes, le guet-apens dirigé contre les tétrarques galates sont autant de taches ineffaçables sur sa mémoire; l'empoisonnement d'un bourgeois de Sardes, coupable de l'avoir vaincu dans une course de chars , atteste, si le fait est authentique , la ténacité et , disons le mot, la petitesse de ses rancunes (2); l'exécution de son fils Xipharès , pour châtier la trahison de sa mère , est un curieux exemple de sa justice distributive. Pourtant, s'il est vindicatif, il est également reconnaissant : il rendit un jour aux Rhodiens tous leurs prisonniers en échange du seul Léonicos, qui lui avait jadis sauvé la vie (3). De même, il a des élans de générosité, de grandeur d'âme et d'équité délicate : quand le général de cavalerie Pomponius tomba entre ses mains et refusa d'entrer à son service, il ne lui fit pas moins grâce de la vie et ordonna de soigner ses blessures (4) ; quand il découvrit le complot du sénateur Attidius (5), quand il étouffa la révolte de son fils Macharès, il frappa sans pitié les principaux coupables, mais il relâcha les complices subalternes, les affranchis et les clients, qui n'avaient été entraînés que par leur dévouement envers leur patron.

L'éducation proprement dite de Mithridate avait été courte, mais féconde. Une fois sur le trône, il élargit dans tous les sens le cercle de ses connaissances, chercha à satisfaire ses goûts infiniment variés. La langue et la littérature de la Grèce n'avaient pas de secrets pour lui (6); il passait même pour un orateur disert (7). Mais la connaissance du grec et du perse ne lui suf-

(1) Affaire d'Olthac (Plut., Luc. 16 ; Appien, ^nth. 70; Frontin II, 5, .10).

(2) Plut., romp. 37.

(3) Valère Maxime V, 2 , ext. 2.

(4) Appien , Mitli. 79.

(5) Appien, Mith. 90.

(0) Kal iraioeiaç ÈU£[JLé),£To 'E).).riMxy)(;, Appien, }fHh. 112.

(7) Plut., Si/Ua, 24 : tov MiOpiodcTYiv ostvôxaTov ovxa prjTopsueiv.

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