POISONS DE MITHRIDATE
il se fit beaucoup d'ennemis, et leurs accusations, vraies ou fausses, ébranlèrent si bien la confiance du maître qu'il prépara pour Métrodore une condamnation à mort, retrouvée plus tard par les Romains dans les archives du Château-Neuf. Au reste, Métrodore justifia ces soupçons quelques années plus tard par la conduite plus qu'équivoque qu'il tint dans une ambassade auprès de Tigrane; il n'échappa alors au châtiment que par une mort soudaine et suspecte (1).
Les sciences se partageaient, avec les lettres, l'intérêt de Mithridate; mais, dans la science, il poursuivait surtout les résultats pratiques : l'étude de la nature n'était, pour lui , que la préface de la médecine, et la médecine, c'était surtout la toxicologie. Attale III de Pergame, Nicomède de Bithynie, Antiochus Grypos avaient donné sur le trône l'exemple de ces goûts de laboratoire; Mithridate y chercha plus qu'une distraction. Pour lui, la nature était une vaste officine à laquelle, dès son enfance, il avait demandé des armes et des remèdes, remèdes contre les embûches dont il était entouré (2), armes secrètes et terribles pour servir d'instrument à ses vengeances. Le poison le débarrassa de Laodice, d'Alcée de Sardes, de son fils Ariarathe (3). Dans les gazophylacies , à Sinoria par exemple, on gardait, parmi les autres trésors, des provisions de poison; le roi en portait toujours sur lui une dose mortelle, enfermée dans la poignée de son cimeterre. Aux archives du Château-Neuf, les Romains trouvèrent toute une bibliothèque de notes et de recettes toxicologiques , que Pompée fit traduire et mettre en ordre par son affranchi Lénée (4). C'était un curieux mélange d'observations intéressantes et de superstitions ridicules. Toutes les contrées de l'empire avaient été interrogées, tous les règnes de la nature mis à contribution : le règne minéral fournissait certaines pierres précieuses, le règne animal
(1) Diogène Laërce V, 84; Strabon XIII, 1, 55 ; Plutarque, Luc. 22. Sur Métrodore voir encore Cicéron, De Oratore, II, 88, 90; III, 20; Tusculanes, I, 24 ; Pline VII, 24, 89 ; XXXIV, 16 ; Sénèque, Controp. V, 34. La plupart de ces textes et les fragments de ses ouvrages (Tispt Tiypàvr)v, uept taxopiaç (?), uepi duvriGeiaç, uept àXetTCTixrj; , Periégèse?) sont réunis par MuL- LER, Frag. hist. graec. III, 203. Une base trouvée à Ilion porte l'inscription MHTPOAOPOI ©EMISTArOPOr (SOHLIEMANN, Trojanische Alterthumer, 1874, p. 2(54.) S'agit-il de Métrodore de Scepsis ?
(2) Justin XXXVII, 2.
(3) Plutarque, Pomp. 37.
(4) Pline XXV, 2, 7 (passage principal sur les poisons de Mithridate).