MITHRIDATE ET LES MÉDECINS
le sang des canards pontiques, que Ton croyait vaccinés par les herbes vénéneuses dont ils faisaient leur nourriture habituelle; quant aux végétaux, on sait combien la riche flore pontique était célèbre pour son abondance en poisons et en remèdes de tout genre.
Au cours de ces recherches, Mithridate était entré en correspondance avec les plus illustres médecins de son temps. Zachalias de Babylone lui adressa un traité sur la médecine, où il signalait notamment les vertus miraculeuses dç Thématite, pierre souveraine contre les maladies des yeux et du foie, contre les blessures causées par les armes blanches, et dont la possession assurait aux plaideurs le gain de leurs procès, aux pétitionnaires le succès de leurs requêtes (1). Un savant plus célèbre, mais tout aussi charlatan, était Asclépiade de Prusias en Bithynie, établi à Rome et créateur d'un nouveau système médical, fondé sur les propriétés curatives du vin. Celui-ci refusa les offres séduisantes de Mithridate qui voulait l'attirer à sa cour: au lieu de sa personne, le nouvel Hippocrate n'envoya au nouvel Artaxerxès qu'un traité sur la médecine rédigé dans une langue élégante dont il avait le secret (2). Au reste, il ne manquait pas de médecins à la cour de Mithridate. Comme à la cour des Ptolémées et des Séleucides , ils formaient une sorte de hiérarchie dont le chef portait le titre ^archiâtre ou médecin en chef. Nous connaissons déjà un de ces archiàtres, Papias d'Amisos, fils de Ménophile, qui comptait parmi les « premiers amis du roi » et cumulait ses fonctions médicales avec celles de « préposé aux appels » : trait de ressemblance de plus avec les médecins des Ptolémées, qu'on employait souvent à des missions politiques et confidentielles (3). Un autre médecin de Mithridate fut l'habile chirurgien Timothée, qui le guérit un jour d'une blessure à la cuisse avec une rapidité
(1) Pline XXXVII, 10, 1G9.
(2) Pline XXV, 2, 6 ; VII, 37, 124. Asclépiade avait ressuscité un individu cru mort. Il posait en principe que le médecin ne devait jamais être malade; en effet, il mourut dans un âge avancé, d'une chute dans un escalier. Sur ce personnage, célèbre aussi par son éloquence (Cicéron, De Orat. I, 14), voir G. M. Eaynaud, De Asclépiade Bithyno medico ac philoHoplio, Paris, 1862.
(3) Inscription délienne n*' 10 : IlaTrtav MyivoçiXou 'A(jLi<7rjV&v.... xal àpxiaTpov. L'àp/ta^po; en Syrie : Bull. corr. hell. IV, 218. En Égj'pte : ib. III, 470 où il est appelé ÈTTi T(5v laTpûv, Cf. aussi la Lettre d'Aristéos, p. ô8, et le papyrus Peyron où le pacriXivcôc laTpo; est chargé de notifier un ordre royal.