‹ Mithridate Eupator, roi de PontChapitre 235 sur 417 · REMÈDES INVENTÉS PAR MITHRIDATE · texte numérisé non relu

REMÈDES INVENTÉS PAR MITHRIDATE

merveilleuse (1). Dans les derniers temps, le roi se confiait à de vulgaires empiriques, comme ces Scythes Agariens qui traitaient les blessures par le venin de serpent (2).

Enfin Mithridate fut aussi son propre médecin et celui de ses courtisans, qui se prêtaient avec empressement à ses expériences, même chirurgicales (3). En thérapeutique, il découvrit plusieurs simples utiles : la Scordotis, la Mithridatia, Y Eupatoria , dont la graine, prise dans du vin, guérissait la dysenterie (4). Il inventa aussi un antidote universel qui prit son nom et dont on trouva la formule écrite de sa propre main dans ses archives : « Prenez deux noix sèches, deux figues, vingt feuilles de rue; broyez selon l'art et ajoutez une pincée de sel. Cette potion, prise à jeun, le matin, préserve pendant toute la journée contre les effets du poison (5) ». C'est cet antidote, d'une simplicité un peu naïve, que Mithridate , dit-on , prenait, par précaution , tous les jours en se levant; d'après d'autres récits, il y mêlait du sang de canard, puis il absorbait du poison pour vérifier l'efficacité du remède. Ce traitement cuirassa si bien sa constitution contre l'effet des substances toxiques, que le jour où il voulut s'empoisonner sérieusement, il ne put y réussir (6).

Lettré et savant, Mithridate avait aussi l'âme d'un artiste, ou tout au moins d'un ami éclairé des beaux-arts. Il aimait passionnément la musique (7); il construisit des temples à Amisos (8), des palais dans ses nombreuses résidences; mais c'est surtout comme protecteur des arts plastiques, comme collectionneur de curiosités et de bibelots qu'il s'est fait un nom dans l'histoire de l'art : la belle exécution de ses médailles suffirait à justifier sa

(1) Appien, Mlth. 88.

(2) Appien, Mith. 89.

(3) Plutarque, De adulatione, 14.

(4) Sur la Mithridatia : Pline XXV, 6, 62, d'après Cratenas ; sur la Scordotis , ib. 63, d'après Lénée; sur VEupatoria, ib. 65.

(5) Pline XXIII, 8, 149.

(6) Pline XXV, 2, 5-6; Justin XXXVII, 2, 6; Aulu-Gelle XVII, 16, d'après Lénée; Martial, V, 76 : Profecit poto Mithridates saepe veneno Toxica ne passent saeva nocere sibi; Appien, Mith. 111 ; Juvénal, XIV, 252. Plus tard le nom de Mithridatium désigna en général les antidotes compliqués, qui certainement ne provenaient pas tous de Mithridate. Pline cite un Mithridatium composé de 54 ingrédients dont plusieurs à dose infinitésimale (Hist. nat. XXIX, 1, 24) ; Celse V, 23, 2 en donne un de 36 ingrédients; Galien, Antidotes, II, 1, 2, en indique plusieurs.

(7) Appien, Mith. 112 fin. : y.ai (xouaixriv YiyaTiâ.

(8) Strabon XII, 3, 14.

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